Société




Violentes manifestations après des déguerpissements à Pakadjuma

KINSHASA – La capitale congolaise a vécu une journée de violentes tensions ce mardi 10 février. La colère des habitants du…

KINSHASA – La capitale congolaise a vécu une journée de violentes tensions ce mardi 10 février. La colère des habitants du bidonville de Pakadjuma, délogés la veille par les bulldozers de l’hôtel de ville, a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, conduisant au blocage de l’axe stratégique des Poids Lourds et à l’incendie d’un poste de police.

Une artère vitale paralysée

Le mouvement de protestation a débuté par l’érection de barricades et de pneus enflammés sur la route des Poids Lourds à Kingabwa, dans la commune de Limete. Cet axe majeur, crucial pour l’approvisionnement de Kinshasa, a été complètement paralysé, perturbant gravement l’activité économique.

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L’intervention de la Police nationale congolaise (PNC) a été nécessaire pour disperser les manifestants et dégager la chaussée. Selon des témoins sur place, les forces de l’ordre ont eu recours à des tirs de gaz lacrymogène et à des tirs par balle. Un jeune homme aurait été blessé par balle, bien qu’aucun bilan officiel n’ait été communiqué.

Un poste de police réduit en cendres

La violence a atteint son paroxysme lorsque des individus non identifiés ont attaqué et incendié le sous-commissariat de police du quartier BAT, toujours dans la commune de Limete. Plusieurs motos et une société de production d’eau potable ont également été vandalisées ou pillées.

« Le sous-commissariat a été attaqué puis incendié. Plusieurs motos ont été brûlées et une société a été pillée », a confirmé un témoin, Philémon Kawele. La bourgmestre de Limete, Nathalie Aziza, a reconnu plusieurs actes de violence contre des biens publics et privés.

La cause de la colère : un déguerpissement brutal

La colère des habitants trouve sa source dans une opération de démolition menée lundi 9 février par les autorités urbaines. Leur objectif : dégager l’emprise de la voie ferrée de l’Office national des transports (ONATRA) en vue de sa réhabilitation.

Des centaines de familles, installées dans ce bidonville de la périphérie de la Gombe, parfois à même les rails, se sont ainsi retrouvées du jour au lendemain sans abri, leurs habitations de fortune réduites en gravats par des bulldozers.

Circulation rétablie, mais crise humanitaire persistante

Si la circulation a été rétablie sur la route des Poids Lourds et qu’un calme précaire règne désormais, la crise humanitaire, elle, est lancinante. Les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme sur le sort des familles déguerpies, livrées à elles-mêmes sans solution de relogement ou d’accompagnement.

Cette explosion de violence met en lumière les tensions sociales chroniques à Kinshasa, où l’urbanisation incontrôlée, les opérations d’aménagement sans dialogue et l’extrême précarité créent un mélange explosif. Les autorités, qui assurent suivre la situation « de près », sont désormais face à un double défi : achever leurs projets d’infrastructure et répondre à l’urgence sociale qu’ils ont contribué à créer.

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