Il y a des blessures qui ne se voient pas sur un visage tuméfié. Celle de l’orgueil, peut-être, est la plus lente à cicatriser.
Ce jeudi 12 février, sur le plateau de Bosolo na Politik, Tony Yoka est venu parler boxe. Il est reparti en ayant rallumé un brasier qui couvait depuis des mois. Face à lui, pas d’adversaire. Juste des micros, des caméras, et le souvenir cuisant d’une nuit où il a perdu plus qu’un combat.
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C’est peut-être la phrase la plus honnête qu’il ait prononcée. Tony Yoka, champion olympique 2016, ancien espoir du poids lourd français, a regardé la vérité en face : Martin Bakole était le meilleur, ce soir-là.
« Il ne m’avait pas frappé, mais il m’avait gagné. Nous sommes allés jusqu’au 12e round. » Un aveu rare chez un boxeur. Une reconnaissance de la supériorité de l’autre, presque élégante.
Mais l’élégance, chez Yoka, a toujours des limites. Et elles n’ont pas tardé à apparaître.
« Ce n’est pas un grand boxeur »
Car après avoir concédé la défaite, le Français a tenu à redessiner la hiérarchie. Selon lui, Bakole est « un bon boxeur ». Rien de plus. « Les grands, c’est Joshua, Fury, Wilder… Bakole ne connaît pas les techniques de la boxe. »
Un tacle appuyé. Presque un uppercut verbal.
Difficile, pourtant, d’ignorer le parcours du Congolais. Bakole n’a peut-être pas les ceintures des géants anglo-saxons, mais il traîne derrière lui une réputation de puncheur redoutable, celui qui fait plier les corps et douter les esprits. Yoka le sait. Il l’a éprouvé.
Le nez, le divorce, et les excuses
Alors pourquoi cette défaite ? Le Français avance deux explications. D’abord, une blessure au nez, survenue quelques jours avant le combat. Ensuite, un contexte personnel difficile, lié à son divorce. Deux éléments qui, selon lui, ont pesé dans la balance.
Traduction : ce n’était pas le vrai Tony Yoka que Bakole a affronté.
Le problème, dans la boxe comme dans la vie, c’est que les circonstances n’effacent jamais les résultats. Et que les excuses, aussi légitimes soient-elles, sonnent parfois comme des tentatives de réécrire une histoire déjà écrite.
« Je le bats avant la limite. Même à Kinshasa. »
Vient alors la promesse. Celle qui engage, celle qu’on ne peut plus rattraper.
Tony Yoka assure qu’il accordera une revanche à Martin Bakole. Et il pose ses conditions : il gagnera avant la limite. Peu importe le lieu. Même à Kinshasa. Même devant 80 000 Congolais debout, hurlant le nom de leur champion.
C’est un pari risqué. C’est aussi une déclaration d’intention. Yoka ne veut pas seulement effacer sa défaite. Il veut l’anéantir dans l’esprit des gens.
L’autre guerre : celle des maillots
Mais le ring n’est pas le seul terrain de leur affrontement. Il y a aussi les coulisses, les petits gestes, les absences qui interrogent.
Pourquoi Martin Bakole n’a-t-il pas posé avec les nouveaux maillots des Léopards, l’équipe nationale de RDC, quand Tony Yoka, lui, s’y est prêté volontiers ?
La réponse du Français tombe, cinglante : « Tout simplement parce que Martin Bakole a demandé à être rémunéré pour le faire. De mon côté, je le fais gratuitement. Il s’agit avant tout de la promotion de notre équipe nationale. »
Accusation grave. Ou vérité maladroite. Entre les deux, difficile de trancher. Ce qui est sûr, c’est que le mal est fait. Bakole, silencieux pour l’instant, devra répondre. Sur les réseaux, dans la presse, ou peut-être un jour, sur un ring.
Deux hommes, deux fiertés, une seule balle au centre
Ce qui se joue entre Tony Yoka et Martin Bakole dépasse la simple rivalité sportive. C’est une affaire d’ego, d’héritage, de place dans l’histoire.
L’un est Français, né à Paris, auréolé d’un titre olympique. L’autre est Congolais, formé à Kananga, élevé à la dure dans les rings écossais. L’un a connu les projecteurs, les contrats juteux, les Unes des magazines. L’autre a gravi la montagne à coups de poings, sans jamais recevoir de tapis rouge.
Leur combat n’est pas fini. Il commence à peine.
Et cette fois, ce n’est plus seulement pour une ceinture. C’est pour le respect, la réputation, et ce titre si subjectif mais si convoité : celui de « grand boxeur ».
Alors, revanche à Kinshasa ?
Tony Yoka dit oui. Il dit même qu’il gagnera, et vite. Reste à savoir si Martin Bakole, qui n’a jamais fui un défi, acceptera de lui offrir cette chance.
Le ring, lui, attend. Les projecteurs aussi.
Et au Congo, on retient son souffle. Car si le combat a lieu, ce ne sera pas seulement un match de boxe.
Ce sera une guerre de légendes.



