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RDC-Turquie : Kabombo reçu par son homologue Güler à Ankara – les FARDC se dotent de l’expertise militaire turque

Ankara, mardi 21 avril 2026. Les honneurs militaires résonnent sous le ciel turc. Me Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre et…

Ankara, mardi 21 avril 2026. Les honneurs militaires résonnent sous le ciel turc. Me Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre et patron de la Défense nationale congolaise, a été reçu avec la pompe due aux grands alliances. Son hôte : Yaşar Güler, son homologue turc, au ministère de la Défense nationale. En toile de fond, une ambition partagée par deux chefs d’État – Recep Tayyip Erdoğan et Félix Antoine Tshisekedi – : faire des FARDC une armée moderne, capable de relever les défis sécuritaires de l’Est congolais.

Ce n’est pas une première rencontre. Les deux hommes se connaissent. Ils ont déjà croisé leurs dossiers, échangé leurs experts, signé des accords. Mais cette visite, inscrite dans le prolongement direct du partenariat stratégique entre Kinshasa et Ankara, a une saveur particulière. Elle intervient à un moment où la RDC cherche désespérément à accélérer la montée en puissance de ses forces armées, confrontées sur le terrain à des groupes armés bien équipés et à une ingérence étrangère persistante.

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Un tête-à-tête, puis les experts

Le protocole a été respecté. D’abord, un huis clos entre Kabombo et Güler. Un moment privilégié pour aborder les sujets sensibles, ceux qu’on ne dit pas devant les caméras. Ensuite, les deux hommes ont rejoint leurs équipes d’experts sectoriels. Objectif : passer des paroles aux actes, des accords aux réalisations concrètes.

Le message de Kinshasa est clair : la RDC ne veut plus seulement acheter des armes. Elle veut monter en compétence. Se former. Transférer des technologies. Et, à terme, développer sa propre industrie de défense.

Trois axes stratégiques pour un partenariat d’avenir

Le partenariat entre la RDC et la Turquie repose sur trois piliers. Guy Kabombo les a rappelés avec solennité :

  1. La capacitation militaire opérationnelle : former les soldats congolais, améliorer leur savoir-faire sur le terrain, leur apprendre à utiliser les équipements modernes.

  2. Le transfert des compétences : faire venir des experts turcs, envoyer des officiers congolais se former en Turquie, créer une dynamique d’échange durable.

  3. L’accompagnement progressif du déploiement de l’industrie de défense nationale congolaise : le point le plus ambitieux. Kinshasa ne veut plus dépendre éternellement de l’extérieur. Elle veut, à terme, produire ses propres munitions, entretenir ses propres équipements, voire fabriquer du matériel militaire.

Un contrat AFRIDEX-MKE : le tournant décisif

Kabombo ne cache pas sa satisfaction. Il se félicite particulièrement de la signature du contrat entre AFRIDEX, l’entreprise publique congolaise dédiée à la défense, et MKE (Makine ve Kimya Endüstrisi), l’un des fleurons de l’industrie militaire turque. Un accord qu’il qualifie de « tournant décisif » dans le renforcement des équipements militaires au profit des FARDC.

Mais le VPM congolais ne s’arrête pas là. Il a plaidé pour l’accélération de la mise en œuvre des accords signés en 2022. Ceux-ci portent, d’une part, sur l’industrie de la défense, et d’autre part, sur un protocole d’aide financière. Autrement dit : les textes existent. Il faut maintenant que les moyens suivent.

La Turquie dit oui, mais à quel prix ?

De son côté, Yaşar Güler a exprimé la volonté de la Turquie d’accompagner la RDC dans la modernisation de son appareil de défense. Tout en développant, précise-t-il, des initiatives « mutuellement bénéfiques ». La formule diplomatique cache une réalité : Ankara n’est pas une œuvre de charité. La Turquie vend son expertise, ses drones, ses équipements. Et elle attend, en retour, des contreparties – économiques, diplomatiques, ou stratégiques.

Rien d’anormal dans les relations internationales. Mais Kinshasa devra veiller à ne pas troquer une dépendance contre une autre.

Une visite guidée chez MKE, et un hommage à Atatürk

Après les discours et les poignées de main, place au terrain. Le VPM congolais a effectué une visite guidée de la société MKE, cette entreprise publique turque de défense qui pourrait bien devenir un partenaire clé pour la RDC. Ateliers, chaînes de production, laboratoires… Kabombo a pu voir de ses yeux ce que l’industrie turque sait faire.

Enfin, geste symbolique mais lourd de sens, Me Guy Kabombo s’est incliné devant le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur et premier président de la République de Turquie. Un hommage respectueux, presque obligé pour tout visiteur d’État. Mais aussi un message : la RDC reconnaît la puissance et l’histoire de son partenaire. Et elle espère, à son tour, écrire une page de sa propre histoire militaire.

Un partenariat à concrétiser sur le terrain

Les déclarations officielles sont enthousiastes. Les poignées de main, fermes. Les contrats, signés. Mais la vraie bataille se jouera ailleurs. Dans les camps d’entraînement des FARDC, où les instructeurs turcs devront transmettre leur savoir. Sur les lignes de front du Nord-Kivu et de l’Ituri, où les soldats congolais devront utiliser ces nouveaux équipements. Et dans les usines congolaises, où l’industrie de défense nationale devra un jour produire.

La route est longue. Mais Kinshasa a choisi son cap. Et Ankara semble décidée à l’accompagner.

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