Un constat sans appel. La Cellule indépendante d’évaluation des acquis scolaires (CIEAS) a publié les résultats de son enquête sur les pratiques pédagogiques des enseignants du niveau secondaire en République démocratique du Congo. 855 enseignants ont été observés dans 425 écoles. Le résultat n’est pas encourageant : le cadre de travail est correct, mais le feedback aux élèves et leur autonomie doivent être renforcés. Désormais, le ministère de l’Éducation nationale veut une « école centrée sur l’élève ».
L’évaluation de terrain s’est tenue en 2025. Elle a été réalisée avec l’appui du Projet d’apprentissage et d’autonomisation des filles (PAAF), financé par la Banque mondiale. L’étude, baptisée « TEACH Secondary », visait à analyser de façon structurée les pratiques des enseignants, pour améliorer la qualité de l’enseignement en RDC.
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Une méthodologie rigoureuse
L’enquête a mobilisé des enquêteurs spécialement formés. Ils ont observé 855 enseignants dans 425 écoles réparties sur l’ensemble du territoire.
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60 % des écoles sont en milieu urbain,
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40 % en milieu rural.
Au total, 5 880 enseignants du secondaire sont concernés par les résultats de l’enquête (même si tous n’ont pas été observés directement). La répartition par genre : 24 % de femmes, 76 % d’hommes.
L’enquête a également pris en compte 39 530 élèves, dont 53 % de filles et 47 % de garçons. Une classe compte en moyenne 46 élèves, un chiffre élevé qui rend difficile l’individualisation de l’enseignement.
Les points forts : un cadre de travail correct
L’enquête révèle que les enseignants du secondaire en RDC ont une capacité modérée à créer un bon cadre d’apprentissage.
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Ils fixent des règles de comportement positives,
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Ils mènent les leçons de manière structurée,
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Ils vérifient si les élèves comprennent (questions, exercices).
Autant de points positifs, qui montrent que la majorité des enseignants maîtrise les bases du métier.
Les faiblesses : peu de feedback, peu d’autonomie
Mais les points faibles sont préoccupants.
Le feedback : les enseignants donnent peu de retours constructifs aux élèves. Ils commentent rarement les erreurs, et valorisent peu les réussites. L’élève sait qu’il a faux, mais ne comprend pas toujours pourquoi, ni comment s’améliorer.
L’esprit critique : les enseignants développent peu la capacité des élèves à analyser, à critiquer, à argumenter. L’enseignement reste souvent frontal, descendant.
L’autonomie : les enseignants proposent rarement des choix aux élèves (sujets, méthodes, partenaires). Ils encouragent peu la persévérance face aux difficultés. La collaboration entre élèves est peu développée.
En résumé, l’école congolaise forme encore des élèves passifs, qui attendent que le maître donne la réponse, plutôt que des apprenants actifs, capables de chercher par eux-mêmes.
Vers une pédagogie active centrée sur l’apprenant
Lors de l’atelier de restitution des résultats, la directrice adjointe du cabinet de la ministre d’État, Aurence Kabasele, a tiré les conséquences.
« Nous ne pouvons plus nous contenter d’un enseignement fondé sur la transmission mécanique des connaissances. Notre système éducatif doit évoluer vers une pédagogie active, inclusive et centrée sur l’apprenant », a-t-elle déclaré.
C’est un changement de paradigme. Il ne s’agit plus de « remplir des têtes vides », mais de « former des esprits critiques, créatifs, capables de s’adapter à un monde en mutation ».
Un outil d’aide à la décision
Pour l’inspecteur général de l’Éducation nationale, Hubert Kimbonza Sefu, cette enquête a une portée stratégique. Les résultats servent d’outil d’aide à la décision, pour orienter les politiques éducatives, la formation continue des enseignants, et l’accompagnement pédagogique.
Concrètement, le ministère va :
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Renforcer la formation initiale et continue des enseignants, en insistant sur les techniques de feedback, de questionnement, de gestion de classe participative.
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Mettre à disposition des outils pédagogiques (guides, fiches, vidéos) pour aider les enseignants à adopter des pratiques plus actives.
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Revoir les programmes scolaires pour les rendre plus centrés sur les compétences (savoir-faire, savoir-être) que sur les connaissances (savoir).
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Former les inspecteurs à évaluer les enseignants non seulement sur leur maîtrise de la matière, mais aussi sur leurs pratiques pédagogiques.
Le Plan quinquennal comme cadre
Cette initiative s’inscrit dans le deuxième axe du Plan quinquennal 2024-2029 du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté. Cet axe prévoit :
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L’amélioration de la qualité des apprentissages,
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La révision des programmes scolaires,
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L’intégration des compétences du XXIe siècle (pensée critique, créativité, collaboration, résolution de problèmes),
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L’intégration des thématiques émergentes (technologies de l’information, développement durable, éducation à la citoyenneté).
Les enseignants ne sont pas oubliés : le Plan quinquennal prévoit de les préparer à répondre aux défis actuels, par des formations adaptées et un accompagnement de proximité.
La formation des directeurs provinciaux
Cette enquête s’inscrit dans un mouvement plus large de réforme de l’éducation. Du 7 au 9 avril dernier, le ministère a organisé à Kinshasa un atelier de renforcement des capacités en gestion administrative pour les 60 directeurs provinciaux de l’Éducation nationale (PROVED).
Objectif : améliorer la gouvernance du secteur éducatif, outiller les responsables sur les mécanismes de gestion et de pilotage, et assurer une meilleure coordination des politiques sur l’ensemble du territoire.
La ministre Raïssa Malu a rappelé que l’ambition est de faire du système éducatif congolais un modèle d’excellence en Afrique.
La synergie entre vision politique et exécution administrative
Raïssa Malu a mis en exergue l’importance de la synergie entre vision politique et exécution administrative. L’éducation occupe une place stratégique dans la vision du chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Elle a appelé à « consolider la gouvernance administrative de la RDC, conformément à l’axe 3 du Plan stratégique ». Un appel à la rigueur, à la transparence, à l’efficacité.
La rupture et la Nouvelle Citoyenneté
Enfin, la ministre a réitéré son vœu de transformer profondément les mentalités. Cela exige des acteurs du secteur « une rupture totale avec l’inertie et une adhésion rigoureuse aux valeurs de la Nouvelle Citoyenneté, véhiculées notamment par le Serment du Citoyen ».
L’école ne doit pas seulement instruire, mais aussi éduquer à la citoyenneté, à la responsabilité, à l’intégrité. Les enseignants sont les premiers ambassadeurs de ces valeurs.
Les défis de la mise en œuvre
La mise en œuvre de ces réformes ne sera pas sans défis.
Moyens financiers : former 5 880 enseignants, réviser les programmes, produire des outils pédagogiques, tout cela a un coût. La RDC dépend de l’aide internationale (Banque mondiale, UE, etc.) pour financer ces réformes.
Résistances : certains enseignants, formés à l’ancienne, seront réticents à changer leurs pratiques. Il faudra les convaincre, les former, les accompagner.
Évaluation : comment mesurer l’impact de ces réformes ? De nouvelles enquêtes TEACH Secondary seront nécessaires dans quelques années, pour voir si les pratiques ont évolué.
Contextes difficiles : dans les zones reculées ou en conflit, appliquer une pédagogie active est un défi (manque de matériel, classes surpeuplées, insécurité).
L’espoir d’une école nouvelle
Malgré ces défis, l’espoir est permis. L’enquête TEACH Secondary a mis en lumière les faiblesses du système. Le ministère a pris conscience du problème. Des solutions sont proposées. Des moyens sont débloqués.
Les enseignants, les inspecteurs, les directeurs provinciaux, les partenaires internationaux : tous sont mobilisés pour une école nouvelle, centrée sur l’élève, tournée vers l’avenir.
Les élèves congolais, eux, attendent. Ils attendent des enseignants qui les encouragent, qui leur donnent envie d’apprendre, qui les préparent à la vie.
L’enquête TEACH Secondary est un diagnostic. Le Plan quinquennal est un remède. Reste à appliquer le traitement. Pour que l’école congolaise, enfin, devienne ce qu’elle devrait toujours être : un lieu d’épanouissement, de découverte, de réussite pour tous.



