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Aéroport de Goma : le neuvième round des discussions n’a rien débloqué

Il devait être un symbole. La promesse d'un retour à la normale pour les populations du Nord-Kivu. L'aéroport international de…

Il devait être un symbole. La promesse d’un retour à la normale pour les populations du Nord-Kivu. L’aéroport international de Goma, fermé depuis des mois, reste obstinément silencieux. Les avions n’y atterrissent plus. Les humanitaires peinent à acheminer l’aide. Et les discussions de Montreux, en Suisse, n’ont rien changé. Neuvième round. Neuvième impasse.

Mercredi 22 avril 2026, Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23 et négociateur du mouvement dans le processus de Doha, a livré sa version des faits devant la presse locale. Son constat est sans appel : la réouverture de l’aéroport de Goma n’a pas avancé d’un pouce. Et selon lui, la balle est dans le camp de Kinshasa.

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« C’est Kinshasa qui a fermé l’aéroport »

Benjamin Mbonimpa ne mâche pas ses mots. Devant les caméras, il désigne clairement le responsable selon lui de l’immobilisme.

« Pour l’ouverture de l’aéroport de Goma, tout est entre les mains de Kinshasa. C’est Kinshasa qui avait fermé l’aéroport de Goma. Il avait fermé l’espace aérien. Avez-vous entendu dire qu’il a ouvert l’espace aérien ? », interroge-t-il, laissant la question flotter dans l’air.

Pour le mouvement rebelle, la chronologie est claire. Les FARDC, avant de se retirer de Goma, auraient non seulement fermé l’infrastructure, mais aussi pillé et saccagé ce qui pouvait l’être.

Un aéroport « réduit à une simple piste »

Le négociateur rebelle décrit un site dévasté. Loin de l’image d’un aéroport international pouvant accueillir des vols civils et humanitaires.

« Tout a été pillé avant que les FARDC quittent Goma. Elles ont dévalisé l’aéroport, tout pillé, tout saccagé. Donc l’aéroport est une simple piste, même trouée par les bombes. L’aéroport a été miné. Il faut penser aussi au déminage », énumère-t-il.

La tour de contrôle ? Hors service. Les équipements ? Disparus ou détruits. Le tarmac ? Troué. Les pistes ? Minées.

Dans ces conditions, l’AFC/M23 estime qu’elle ne peut pas être tenue pour responsable de la fermeture. Mbonimpa affirme même que son mouvement a été le « premier demandeur » de la réouverture.

Pourquoi les discussions de Montreux ont achoppé

Selon le secrétaire permanent de l’AFC/M23, deux sujets devaient être examinés lors des discussions de Montreux : l’aéroport de Goma et la question des banques. Mais à la dernière minute, les délégués de Kinshasa auraient changé d’avis.

« Eux-mêmes à Montreux, c’est Kinshasa qui a demandé que les questions des banques et de l’aéroport de Goma soient travaillées ensemble. Nous attendons quand est-ce qu’on va avoir un programme pour travailler et discuter sur l’ouverture de l’aéroport », explique-t-il.

Le mouvement rebelle dit rester disposé à discuter. Mais il pose des conditions : des garanties sécuritaires, techniques, et une implication de la médiation et de la communauté internationale.

« Ne vont-ils pas utiliser le même aéroport pour faire encore des mauvaises choses sur nos populations ? C’est ce que nous craignons aussi », confie Mbonimpa.

Corneille Nangaa avait déjà posé le décor

En février dernier, devant la commissaire européenne Hadja Lahbib, le coordinateur politique de la rébellion, Corneille Nangaa, avait déjà livré l’analyse de son mouvement. Les « premiers demandeurs » de la réouverture, avait-il assuré, étaient les autorités présentes à Goma – c’est-à-dire l’AFC/M23. Si l’aéroport reste fermé, avait-il expliqué, c’est pour des « contraintes d’ordre sécuritaire, technique et surtout administrative ».

Il avait regretté que les partenaires internationaux « aient toujours toqué à la mauvaise porte », en s’adressant à Paris, à Kinshasa ou en évoquant Kigali. La clé, selon lui, se trouvait à Goma.

Aujourd’hui, l’AFC/M23 semble marquer une inflexion. Le mouvement dit accepter « le principe » de discussions sur le processus d’ouverture, « en tenant compte des contraintes » liées à l’espace qu’il contrôle.

Le poids de la diplomatie internationale

Cette évolution rhétorique n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte diplomatique dense. Le 30 octobre 2025, à Paris, la France et le Togo avaient co-organisé une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs.

Deux annonces majeures en étaient sorties :

  • La mobilisation de 1,5 milliard d’euros d’aide, dont 850 millions d’euros de financements humanitaires d’urgence déjà décaissés selon le Quai d’Orsay.

  • La réouverture humanitaire de l’aéroport de Goma.

Pour Emmanuel Macron, cette réouverture devait constituer « un signal concret et attendu » pour les populations du Nord-Kivu.

Mais les mots des diplomates se heurtent à la réalité du terrain. Les avions ne se posent pas sur une piste minée. Les humanitaires n’atterrissent pas sans tour de contrôle. Et les garanties sécuritaires, pour l’instant, n’existent pas.

Une population prise en otage

Pendant que les négociateurs s’écharpent à Montreux, les habitants du Nord-Kivu subissent les conséquences de cette fermeture. L’aéroport de Goma, c’est la principale porte d’entrée pour l’aide humanitaire. Médicaments, nourriture, personnel soignant : tout arrive par là.

Ou plutôt : tout arrivait.

Aujourd’hui, les organisations humanitaires doivent utiliser des routes dangereuses, contourner les zones de combat, rallonger leurs chaînes logistiques. Des vies se jouent dans ces retards. Des enfants meurent faute de soins.

Et pendant ce temps, à Montreux, le neuvième round s’est achevé sans résultat.

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