Un geste fort. Le député national Laddy Yangotikala Senga, initiateur de la motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a annoncé son retrait temporaire de ses fonctions politiques au sein de son parti. Objectif : se consacrer pleinement à la procédure parlementaire en cours. Dans un message publié sur Facebook, l’élu de Kisangani-Ville justifie sa décision par « la gravité de la situation sécuritaire » qui touche plusieurs villes du pays, de Beni à Lubumbashi, en passant par Kisangani et Boma.
La motion de défiance, déposée le 13 avril 2026, secoue la majorité présidentielle. Jamais un député de l’Union sacrée n’avait osé défier aussi ouvertement un membre du gouvernement. En se mettant en retrait de son parti, Laddy Yangotikala franchit un nouveau cap.
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« Un esprit de responsabilité et d’engagement républicain »
Dans son post, le député affirme agir « dans un esprit de responsabilité et d’engagement républicain ». Il précise vouloir se consacrer entièrement à la démarche engagée visant la déchéance du ministre de l’Intérieur.
« Je fais ce choix pour agir avec toute la détermination et la disponibilité nécessaires afin que la sécurité des Congolais redevienne une priorité réelle et effective », a-t-il déclaré.
Laddy Yangotikala est président ad intérim de l’Action des Volontaires pour la Relève Patriotique (AVRP), un parti politique membre de l’Union sacrée. En se retirant temporairement de ses fonctions, il évite tout conflit d’intérêts, et montre qu’il met son mandat de député au-dessus de ses responsabilités partisanes.
Une insécurité généralisée
Le député justifie sa motion par « la gravité de la situation sécuritaire » que traverse le pays. Selon lui, la criminalité et l’insécurité atteignent un niveau préoccupant dans plusieurs villes.
Il cite notamment :
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Beni : les groupes armés (ADF, M23, etc.) sévissent dans la région, les attentats et les massacres de civils sont fréquents.
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Butembo : ville commerçante du Nord-Kivu, touchée par les violences et les enlèvements.
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Kisangani : sa propre circonscription, où l’insécurité grandissante inquiète les habitants.
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Lubumbashi : la capitale économique du pays, confrontée à une recrudescence des vols à main armée et des kidnappings.
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Boma et Moanda : villes portuaires du Kongo-Central, où la criminalité transfrontalière (contrebande, trafic de drogue, immigration clandestine) est en hausse.
Les populations vivent dans la peur, dénonce le député. Les opérations de police (Ndobo, etc.) n’ont pas endigué le phénomène. L’État est défaillant. Les autorités locales sont parfois complices.
Une procédure parlementaire en cours
La motion de défiance a été déposée le 13 avril 2026. Elle a été déclarée recevable par le bureau de l’Assemblée nationale, puis envoyée à la commission de l’Intérieur pour examen.
La commission doit auditionner le ministre Shabani, recueillir des témoignages, et rédiger un rapport. Ce rapport sera soumis à la plénière, qui votera la motion à la majorité simple.
Si la motion est adoptée, le président Tshisekedi devra limoger le ministre. Si elle est rejetée, le ministre sera conforté, mais sa position restera fragile.
Laddy Yangotikala, en se retirant de ses fonctions partisanes, montre sa détermination. Il entend mener cette procédure jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.
Les réactions politiques
La décision du député a suscité de nombreuses réactions.
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Soutien : certains députés de l’opposition, et même quelques membres de la majorité, saluent le courage de Laddy Yangotikala. Ils estiment que l’insécurité est un sujet trop grave pour être traité avec légèreté, et que le ministre Shabani doit rendre des comptes.
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Critiques : d’autres, au sein de l’Union sacrée, accusent le député de vouloir déstabiliser le gouvernement, de jouer un jeu personnel, ou de faire le jeu de l’opposition.
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Attentisme : la plupart des députés attendent de voir l’évolution de la procédure avant de se positionner.
Le ministre Shabani, lui, n’a pas encore réagi officiellement. Ses proches affirment qu’il est serein, qu’il a confiance en la justice parlementaire, et qu’il répondra point par point aux accusations.
Les enjeux de la motion
La motion de défiance contre Jacquemain Shabani est un test pour la majorité présidentielle. Si elle échoue, le gouvernement sera conforté, mais la question de l’insécurité restera posée. Si elle réussit, ce sera un désaveu cinglant pour le ministre, et pour le président Tshisekedi qui l’a nommé.
Les enjeux sont aussi politiques. Laddy Yangotikala, en se mettant en retrait de son parti, se pose en homme d’État, au-dessus des considérations partisanes. Un profil qui pourrait lui servir dans l’avenir, pour une candidature à un poste plus élevé.
L’opposition, elle, observe. Si la motion échoue, elle pourra dénoncer le « verrouillage » de l’Assemblée nationale par la majorité. Si elle réussit, elle pourra revendiquer le mérite d’avoir inspiré cette initiative.
La suite de la procédure
La commission de l’Intérieur doit auditionner le ministre Shabani dans les prochains jours. Laddy Yangotikala, en tant qu’initiateur, pourra être entendu, et pourra présenter ses preuves (statistiques, témoignages, rapports).
La commission rédigera ensuite son rapport, qui sera soumis à la plénière. Le vote pourrait avoir lieu d’ici la fin du mois d’avril.
En attendant, le député Laddy Yangotikala se consacre désormais exclusivement à cette mission. Il a quitté temporairement ses fonctions au sein de l’AVRP, et se tient à la disposition de l’Assemblée nationale.
Un appel à l’unité
Dans son message, le député a appelé ses collègues à l’unité et à la responsabilité. « La sécurité des Congolais n’est pas une affaire de parti, c’est une affaire nationale », a-t-il écrit.
Il a invité les députés de tous bords à soutenir sa motion, ou au moins à ne pas la bloquer par des manœuvres politiciennes. « L’heure est grave. Les citoyens meurent. Les familles sont en deuil. Nous devons agir. »
Un appel qui pourrait être entendu, ou ignoré. L’Assemblée nationale, souvent critiquée pour son manque de sérieux et son clientélisme, a l’occasion de montrer qu’elle est capable de jouer son rôle de contre-pouvoir.
L’issue de la motion dépendra de la capacité de Laddy Yangotikala à convaincre ses collègues, et de la pression de l’opinion publique.
Un précédent ?
Quelle que soit l’issue de cette motion, elle constitue un précédent. Jamais un député de la majorité n’avait défié aussi ouvertement un ministre. Jamais un député ne s’était mis en retrait de son parti pour se consacrer à une procédure parlementaire.
Laddy Yangotikala a montré qu’un élu pouvait agir avec indépendance et courage. Il a montré que l’Assemblée nationale pouvait être une arène de débats sérieux, et non une simple chambre d’enregistrement.
Les prochains jours diront si cette motion aboutira, ou si elle sera étouffée. Mais une chose est sûre : Laddy Yangotikala a marqué les esprits. Et l’insécurité, trop longtemps négligée, est désormais au cœur du débat politique congolais.
Le député a fait son devoir. Reste aux autres à faire le leur. Pour la sécurité des Congolais, pour la crédibilité des institutions, pour l’avenir de la démocratie.




