Santé




Ébola en RDC : 204 morts et 894 cas, les ministres Roger Kamba et Patrick Muyaya en mission d’urgence à Bunia

Bunia, 18 juin 2026 – L'ambiance est pesante à l'aéroport de Bunia lorsque l'avion gouvernemental se pose sur le tarmac.…

Bunia, 18 juin 2026 – L’ambiance est pesante à l’aéroport de Bunia lorsque l’avion gouvernemental se pose sur le tarmac. À bord, deux hommes en mission : le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, et son collègue de la Communication et Médias, Patrick Muyaya. Leur objectif est clair : évaluer une riposte qui s’essouffle face à une épidémie d’Ebola qui ne cesse de gagner du terrain. Alors que l’Africa CDC annonce un bilan macabre de 204 morts et 894 cas confirmés, la province de l’Ituri retient son souffle. Les défis sont immenses : insécurité, méfiance des communautés, personnels soignants décimés. Les deux ministres sont là pour insuffler un nouvel élan et tenter de sauver des vies.

Une épidémie meurtrière qui défie toutes les prévisions

Le virus Ebola, sous sa souche Bundibugyo, a frappé avec une violence inouïe depuis sa déclaration officielle en mai 2026. L’Ituri, province déjà meurtrie par des années de conflits armés, est devenue l’épicentre d’une crise sanitaire d’une ampleur rarement vue. Selon les derniers chiffres de l’Africa CDC, le bilan ne cesse de s’alourdir : 204 morts confirmés en incluant les décès enregistrés en Ouganda voisin, et pas moins de 894 cas recensés, dont 875 rien qu’en RDC.

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Ces statistiques terrifiantes ne racontent pourtant pas toute l’histoire. Derrière chaque chiffre, il y a un visage, une famille anéantie, un village plongé dans le deuil. La souche Bundibugyo, bien que moins virulente que la souche Zaïre, n’en reste pas moins mortelle, et sa propagation dans une région où les systèmes de santé sont fragilisés par des années de conflit rend la situation dramatique.

Mais il y a une lueur d’espoir dans ce tableau sombre : 74 personnes ont été déclarées guéries. Une victoire arrachée de haute lutte par des équipes médicales qui paient pourtant un lourd tribut. « Plusieurs soignants ont déjà perdu la vie depuis le début de la riposte », a alerté le ministre Roger Kamba lors d’un point de presse, rappelant le sacrifice ultime consenti par ceux qui sont en première ligne.

Bunia, épicentre de la riposte : les ministres sur le terrain

Dès leur descente d’avion, les deux membres du gouvernement ont été plongés dans le bain de la réalité. Pas de discours convenus, pas de cérémonies protocolaires : une évaluation directe des dispositifs sanitaires mis en place à Bunia, ville devenue le quartier général de la lutte contre l’épidémie.

Accompagnés des équipes sanitaires locales et des représentants de l’Organisation mondiale de la Santé, Roger Kamba et Patrick Muyaya ont arpenté les centres de traitement, écouté les témoignages des soignants épuisés, et pris la mesure des obstacles qui entravent la riposte. L’insécurité, d’abord, qui rend l’accès à certaines zones de santé particulièrement périlleux. Les déplacements de populations, ensuite, qui compliquent le suivi des cas contacts et favorisent la propagation du virus.

« Notre mission est d’évaluer l’état de la riposte, d’échanger avec les équipes mobilisées et d’identifier les obstacles qui ralentissent les interventions », a expliqué le ministre Roger Kamba, le visage marqué par la gravité de la situation. Les deux ministres doivent également renforcer la coordination entre les différents acteurs engagés et soutenir les actions de communication auprès des communautés affectées.

La méfiance, un ennemi aussi redoutable que le virus

Car au-delà des aspects logistiques et médicaux, la bataille se joue aussi dans les esprits. Dans plusieurs zones de l’Ituri, la méfiance envers les équipes de santé reste un obstacle majeur. Des rumeurs circulent, des croyances ancestrales persistent, et certains habitants refusent les mesures de prévention ou les soins proposés.

C’est là que le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, entre en jeu. Sa présence aux côtés de Roger Kamba n’est pas un hasard : la communication des risques est devenue un pilier essentiel de la riposte. « Il faut restaurer la confiance entre les communautés et les services de santé », a martelé le ministre Roger Kamba, insistant sur l’importance de toucher les populations avec des messages clairs, adaptés, et portés par des relais locaux crédibles.

Les autorités sanitaires ont appris des épidémies précédentes : sans l’adhésion des communautés, aucune riposte ne peut être efficace. La vaccination, le suivi des cas contacts, les mesures d’hygiène, les funérailles sécurisées : autant de gestes qui nécessitent la coopération active de la population. Un défi colossal dans une région où l’État est souvent perçu comme absent ou hostile.

Une mobilisation nationale et internationale face à l’urgence

La visite des deux ministres s’inscrit dans une mobilisation plus large des autorités congolaises et de leurs partenaires internationaux. L’Organisation mondiale de la Santé a déployé des équipes sur le terrain. L’Africa CDC, qui a annoncé les chiffres alarmants de ce 18 juin, suit de près l’évolution de la situation. La Banque mondiale, l’UNICEF, Médecins Sans Frontières : tous les acteurs sont mobilisés.

Mais les besoins sont immenses. Le manque de ressources humaines et matérielles, les infrastructures de santé défaillantes, les difficultés d’accès aux zones reculées : la liste des défis est longue. Sans un renforcement significatif des moyens, la riposte risque de s’essouffler, et le virus de continuer à se propager.

Wessam Mankoula, représentant de l’Africa CDC, a appelé à une intensification des efforts. Le nombre de décès dépasse désormais les 200, un seuil symbolique qui sonne comme un avertissement. Si rien ne change, la crise pourrait s’étendre davantage et menacer toute la sous-région.

L’Ituri, terre de tous les drames

Cette épidémie d’Ebola frappe une province déjà meurtrie. L’Ituri, théâtre de violences ethniques récurrentes, de conflits armés et de déplacements massifs de populations, voit s’ajouter une nouvelle tragédie à un lourd passé. Les structures de santé, déjà fragilisées, sont mises à rude épreuve. Les personnels soignants, souvent insuffisamment protégés, paient un lourd tribut.

Roger Kamba a tenu à saluer leur courage. « Ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie pour sauver celle des autres sont les héros de cette crise », a-t-il déclaré, rendant hommage à ceux qui sont tombés au combat. Leur sacrifice, a-t-il souligné, ne doit pas être vain.

Les prochains jours seront décisifs

Alors que les ministres poursuivent leur mission à Bunia et dans les zones de santé environnantes, la question qui brûle toutes les lèvres est simple : la riposte parviendra-t-elle à inverser la tendance ? Les signaux sont pour l’instant contradictoires. D’un côté, les 74 guérisons prouvent que le système peut sauver des vies. De l’autre, les 204 morts et les 894 cas confirment que le virus garde l’avantage.

Les prochains jours seront décisifs. Le renforcement des moyens, l’intensification des campagnes de vaccination, la communication auprès des communautés, la coordination entre les acteurs : autant de leviers que les ministres espèrent actionner pour endiguer la propagation.

Mais le chemin est encore long. L’épidémie d’Ebola en Ituri n’en est qu’à ses débuts, et la bataille ne fait que commencer. Les autorités congolaises, appuyées par la communauté internationale, sont face à un défi titanesque. Et tandis que les ministres Roger Kamba et Patrick Muyaya poursuivent leur mission à Bunia, les habitants de la province retiennent leur souffle, espérant que cette mobilisation de haut niveau saura sauver des vies et ramener un peu d’espoir dans une région qui en manque tant.

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