Depuis la capitale congolaise, une voix s’est élevée pour remettre les pendules à l’heure. Ce n’est pas un refus. Ce n’est pas une fin de non-recevoir. C’est, plus subtilement, une main tendue… mais qui n’acceptera pas n’importe quoi.
Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, s’est confié ce mercredi aux micros de RFI. Et ses mots, choisis avec soin, dessinent une ligne rouge que Kinshasa n’entend pas franchir.
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« Le dialogue se tiendra chez nous »
D’abord, clarifions le décor. Luanda sera bien le théâtre des pré-consultations. L’Angola, désigné médiateur principal, s’est vu confier une mission précise : sonder toutes les composantes politiques et sociales congolaises, préparer le terrain, aplanir les aspérités. Une phase préparatoire, en somme.
Mais le dialogue national, lui, le vrai, celui qui devra recoudre une nation déchirée par trois décennies de crises à répétition, se tiendra en RDC. C’est un préalable, presque un symbole. Comme pour rappeler que si la médiation est étrangère, la souveraineté, elle, ne se négocie pas.
« L’impunité, c’est fini »
Puis vint l’autre condition. Celle qui, à Kinshasa, porte un nom qui fâche : le M23.
Patrick Muyaya n’a pas éludé. Il a même appuyé là où ça fait mal. « Ce dialogue ne devra pas consacrer l’impunité pour les acteurs impliqués dans les conflits à l’est du pays. » Phrase pesée, phrase lourde. Traduction : on ne négocie pas avec des bourreaux pour les blanchir ensuite.
Le ministre a rappelé ce que beaucoup, dans les couloirs de la diplomatie, préfèrent parfois oublier : les violences armées se répètent, à l’est, parce que l’impunité, elle, ne meurt jamais. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Kinshasa dit vouloir casser le cycle. Et pour ça, il faudra que la justice passe. Avant, pendant ou après le dialogue. Mais elle passera.
Et Joseph Kabila dans tout ça ?
Forcément, la question est venue. L’ancien président séjourne à Luanda. Il y a rencontré des acteurs politiques congolais. Alors, que fait-il là-bas ? Prépare-t-il un retour ? Négocie-t-il en marge du processus officiel ?
Patrick Muyaya, prudent, a renvoyé la balle au médiateur angolais. C’est à João Lourenço d’en rendre compte. Lui seul sait ce qui s’est dit. Lui seul pourra, dans ses conclusions, éclairer ce que Kinshasa observe, pour l’instant, d’un œil attentif mais silencieux.
Ce n’est ni un désaveu, ni une bénédiction. C’est une posture d’attente, celle d’un gouvernement qui ne veut pas paraître dicter sa loi à la médiation, mais qui, dans l’ombre, garde la main sur son calendrier et sur ses principes.
La feuille de route, enfin
Au bout du chemin, Kinshasa veut une feuille de route claire. Pas de flou. Pas d’atermoiements. Les consultations de Luanda doivent déboucher sur du concret : qui parlera à qui ? Où ? Quand ? Et surtout, sur quelles bases ?
Le gouvernement congolais sait que le monde le regarde. Que les chancelleries, l’Union africaine, les Nations unies suivent chaque déclaration, chaque communiqué. Mais ce qu’il attend, avant d’applaudir, c’est un engagement tangible du M23.
Accepter le cessez-le-feu, d’abord. Accepter de dialoguer, ensuite. Et accepter, enfin, que les crimes ne s’effacent pas d’un trait de plume diplomatique.
Alors, le 18 février, les armes se tairont-elles ? Peut-être. Mais le vrai test ne sera pas militaire. Il sera politique. Il sera judiciaire. Il sera, pour la RDC, celui de sa capacité à transformer une trêve fragile en paix juste.
Les mots de Patrick Muyaya, en ce sens, ne sont pas une entrave. Ils sont un garde-fou. Une manière de dire à Luanda, à l’UA, au M23 et au reste du monde : la paix, oui. Mais pas à n’importe quel prix.



