C’est une nouvelle séquence qui s’ouvre dans l’Est de la République démocratique du Congo. L’ancien Président Joseph Kabila a été présenté ce lundi 12 octobre 2026 à Goma comme le président du nouveau mouvement politico-militaire « Front pour la Refondation de la Nation (FRN) ».
Annoncée lors d’une conférence de presse, la création du FRN est présentée comme la dissolution et le remplacement de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
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Selon l’organigramme dévoilé, Joseph Kabila sera épaulé par trois vice-présidents. Il s’agit de Bertrand Bisimwa, figure historique du M23, Corneille Nangaa, ex-président de la Commission Électorale Nationale Indépendante et coordonnateur de l’AFC, et Sultani Makenga qui conserve également le poste de chef d’état-major avec rang de vice-président.
L’appareil administratif est complété par Freddy Kaniki comme secrétaire général, Benjamin Mbonimpa entant que secrétaire général adjoint et Désiré Rukomera comme secrétaire permanent du collège des fondateurs.
Un basculement annoncé, trois jours après un discours offensif
Cette officialisation intervient 72 heures après le discours très critique de Joseph Kabila, le 9 octobre dernier, sur la situation générale du pays. L’ancien chef de l’État y avait fustigé la gestion de Félix Tshisekedi, dénoncé la corruption, les revers militaires dans l’Est et l’accord minier avec les États-Unis, tout en promettant un plan pour « sauver le pays ».
Le FRN affirme vouloir, selon sa déclaration politique, « fédérer et coordonner toutes les forces de résistance afin de mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force », en s’appuyant sur l’article 64 de la Constitution.
Un scénario déjà anticipé par l’ONU
Loin d’être une surprise pour les observateurs, ce rebranding était documenté. Dans son rapport final du 11 juin 2026, le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC alertait déjà sur une possible restructuration de l’AFC/M23 avec changement de nom et montée en puissance de Joseph Kabila à des fonctions de premier plan.
Les experts notaient également un enjeu stratégique : mettre en avant une figure congolaise comme Kabila permettrait de présenter la rébellion comme un problème interne congolais et d’occulter le rôle du Rwanda, accusé par l’ONU et les occidentaux de soutenir le M23. Kigali a toujours nié sa responsabilité.
Du côté de Kinshasa, les accusations ne datent pas d’hier. Le 6 août 2024, Félix Tshisekedi accusait déjà son prédécesseur d’être derrière l’AFC. Le 14 février 2025, à la Conférence de Munich sur la sécurité, il l’avait qualifié de « véritable commanditaire » de l’opposition armée. Joseph Kabila, condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre, a toujours dénoncé un procès politique.
Quel enjeu politique immédiat ?
En assumant officiellement et sans masque la présidence d’une coalition politico-militaire qui succède à l’AFC/M23, Joseph Kabila ne se positionne plus comme simple opposant politique mais comme acteur direct du conflit armé.
Ce choix acte une rupture totale avec Kinshasa et redessine les cartes sécuritaires et diplomatiques. Il pose désormais trois questions majeures : quel partage réel du pouvoir entre Kabila et les chefs militaires historiques comme Makenga ? Quel devenir des engagements pris dans les pourparlers de paix de Doha ? Et quelle lecture fera la communauté internationale de ce nouveau front ?
Les jours à venir s’annoncent décisifs.



