Les femmes africaines doivent prendre leur place dans la révolution numérique, et ne plus se contenter d’utiliser des technologies conçues ailleurs. C’est le message lancé par la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, lors de l’ouverture, jeudi 8 octobre 2026 à Kinshasa, de la 12ᵉ édition du Forum international des élites féminines (FIEF).
Organisée pour la première fois en RDC, cette rencontre réunit près de 300 participantes venues des 26 provinces congolaises et de 17 pays africains. Au Chapiteau du Palais du Peuple, les discussions portent notamment sur le leadership féminin, l’entrepreneuriat, l’intelligence artificielle, les droits des femmes et la lutte contre les violences basées sur le genre. Les travaux se poursuivent jusqu’au dimanche 11 octobre.
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« Développer leurs propres applications » : le défi numérique lancé aux femmes
Pour Judith Suminwa, l’enjeu dépasse le simple accès aux nouvelles technologies. Les femmes et les jeunes filles doivent pouvoir acquérir les compétences nécessaires pour concevoir des solutions numériques, lancer leurs propres projets et participer aux décisions qui encadrent ces innovations.
« Les femmes et les jeunes filles ne doivent pas être seulement les utilisatrices des innovations conçues ailleurs. Elles doivent pouvoir se former, entreprendre, développer leurs propres applications et contribuer à la gouvernance de ces outils », a déclaré la cheffe du gouvernement.
Cette ambition suppose, selon elle, de rapprocher la formation des besoins réels des femmes, de faciliter l’accès aux équipements et de multiplier les partenariats scientifiques et professionnels.
La Première ministre a également insisté sur une exigence : les opportunités offertes par l’intelligence artificielle ne doivent pas rester réservées aux femmes vivant dans les grandes villes.
Les femmes des provinces et des zones rurales au cœur des priorités
Derrière l’ambition numérique, une question demeure : comment garantir que les femmes de toutes les régions bénéficient de cette transformation ?
Judith Suminwa a appelé à accorder une attention particulière aux femmes des provinces et des territoires ruraux, souvent confrontées à des difficultés de connexion, au manque d’équipements et à un accès limité à la formation.
« Les difficultés de connexion, d’équipement ou de formation ne peuvent constituer des barrières à l’ambition technologique », a-t-elle martelé.
Pour la cheffe du gouvernement, l’inclusion numérique ne consiste donc pas seulement à ouvrir l’accès aux technologies. Elle exige aussi de fournir les moyens de les maîtriser et de permettre aux femmes d’en tirer des avantages concrets dans leurs activités et leurs communautés.
Entrepreneuriat féminin : dépasser les discours pour lever les obstacles
Au-delà du numérique, le forum entend également s’attaquer aux freins qui limitent l’autonomisation économique des femmes.
L’accès au financement, aux marchés, à la terre, aux ressources productives et aux réseaux professionnels reste un enjeu majeur. À ces difficultés s’ajoutent les violences basées sur le genre et les mariages précoces, qui continuent de compromettre les possibilités offertes aux femmes et aux jeunes filles.
Judith Suminwa a ainsi plaidé pour des politiques d’égalité capables de produire des résultats tangibles dans les villages, les quartiers, les écoles et les centres de santé.
Elle a également appelé au renforcement de la coopération africaine, notamment à travers le partage d’expertise, le mentorat et les partenariats entre entrepreneures et organisations de différents pays.
L’ambition est de faire de cette coopération un levier durable de développement, plutôt qu’un simple échange d’expériences limité à la durée du forum.
Micheline Ombae Kalama appelle à des engagements concrets
Marraine de cette 12ᵉ édition, la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae Kalama, a elle aussi insisté sur la nécessité de transformer les échanges en actions concrètes.
L’innovation, l’intelligence artificielle et l’entrepreneuriat doivent, selon elle, devenir des instruments d’émancipation pour les femmes et les jeunes filles.
Les travaux abordent également la paix, la réparation, la lutte contre les violences basées sur le genre et la participation des femmes aux processus de paix. Autant de questions qui rappellent que le leadership féminin ne se limite pas à la sphère économique ou technologique.
Du Burkina Faso à la RDC, un forum qui veut s’inscrire dans la durée
La promotrice du FIEF, Justine Nana, a rappelé le chemin parcouru depuis la création de l’initiative en 2015 à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. À ses débuts, le rendez-vous portait le nom de Forum des jeunes filles leaders et ne réunissait que six participantes.
Depuis, l’initiative s’est progressivement étendue à plusieurs pays africains.
Pour Justine Nana, cette évolution doit désormais s’accompagner d’un suivi concret après les rencontres. Elle a évoqué la mise en place d’un dispositif d’accompagnement et d’un réseau de référentes provinciales afin de soutenir les jeunes filles dans les mois suivant le forum.
« Le FIEF n’est pas un forum de plus dans un agenda déjà chargé. C’est un mouvement qui préfère écouter, province par province, pays par pays, ce dont les femmes et les jeunes filles ont réellement besoin », a-t-elle affirmé.
De son côté, Nathalie Kambala, coordinatrice de l’ONGD Femme main dans la main pour le développement intégral (FMMDI), a présenté le forum comme un espace de dialogue et de coopération destiné à transformer les rencontres en engagements durables. Grâce Lula, directrice exécutive du Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO), a également souligné l’importance de la collaboration entre femmes leaders, entrepreneures et jeunes générations.
Quatre jours pour transformer les idées en initiatives
Prévue jusqu’au dimanche 11 octobre, cette 12ᵉ édition du Forum international des élites féminines ambitionne de renforcer les capacités des femmes et des jeunes filles africaines, tout en favorisant leur participation à la transformation numérique, au développement économique, à la gouvernance et à la consolidation de la paix.
À Kinshasa, le message de Judith Suminwa est sans équivoque : pour prendre toute leur place dans l’avenir du continent, les femmes doivent pouvoir accéder aux technologies, les maîtriser et participer à leur conception.
Reste désormais à traduire cette ambition en formations accessibles, en financements, en partenariats et en opportunités réelles, notamment pour celles qui vivent loin des grands centres urbains. C’est aussi à l’aune de ces résultats que se mesurera la portée de ce forum.



