Le discours de l’ancien Président de la République démocratique du Congo, prononcé le 9 octobre 2026, continue de provoquer une tempête politique. Le député national Michel Moto Muhima est monté au créneau et accuse directement Joseph Kabila de complicité avec le Rwanda, qui agresse la RDC depuis 30 ans.
Dans une déclaration cinglante, l’élu dénonce le silence de l’ancien Chef de l’État sur les rebelles de l’AFC-M23 soutenus par Kigali.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
« Par cette posture, l’ancien Chef de l’État ne laisse planer aucun doute sur ses accointances avec le Rwanda qui agresse et endeuille la RDC depuis 30 ans. Quand cette duplicité fut annoncée, beaucoup ont douté. Le voile est enfin levé. Mes pensées à toutes les victimes de cette agression et également aux vaillants FARDC morts au front sous son commandement contre le Rwanda et le M23. Mais, la République vaincra », a-t-il déclaré.
En effet, ces propos résument le principal reproche fait à Joseph Kabila par la majorité : avoir critiqué la gestion de la guerre sans jamais condamner l’agresseur.
Un discours qui critique la guerre sans condamner le M23
C’est le point qui a le plus choqué dans les rangs de l’Union Sacrée. Pendant 20 minutes, Joseph Kabila s’est farouchement opposé à la gestion de la guerre dans l’Est par le pouvoir de Félix Tshisekedi.
Cependant, à aucun moment il n’a condamné les rebelles, principalement l’AFC-M23 sous la coordination du Rwanda, pourtant documentée par les rapports des Nations Unies et des experts internationaux.
Pour Michel Moto Muhima et plusieurs analystes, cette omission est une faute politique majeure. Comment prétendre vouloir « sauver » le pays sans nommer celui qui l’agresse ? Cette posture renforce, selon eux, la thèse d’une proximité idéologique et stratégique entre l’ancien régime et la rébellion.
Doha, Wazalendo, FDLR : Kabila charge le pouvoir en place
Dans son réquisitoire, Joseph Kabila a accusé le pouvoir actuel d’avoir fait « le choix, politiquement intéressé, de poursuivre une guerre qu’il ne semble avoir ni la volonté ni les moyens de gagner ».
L’ancien Président cite trois éléments pour étayer son accusation.
D’abord, le non-respect du cessez-le-feu signé à Doha. Un accord pourtant présenté comme une avancée diplomatique majeure sous la médiation qatarie.
Ensuite, la collaboration avec les Wazalendo. Une stratégie assumée par Kinshasa comme une résistance populaire, mais que Kabila qualifie d’amateurisme militaire.
Enfin, le bombardement de civils. Une accusation grave qui fait directement écho aux rapports d’ONG sur les bavures dans le Nord-Kivu.
Pour le pouvoir, cette lecture est biaisée. Elle reprend mot pour mot le narratif de Kigali qui justifie son intervention par la présence des FDLR. En reprenant cet argumentaire sans condamner l’AFC-M23, Joseph Kabila s’expose à être perçu comme le porte-voix du Rwanda.
Une fracture politique qui s’accentue
Au-delà du cas Michel Moto Muhima, ce discours marque un tournant. Selon certains analystes politiques, Joseph Kabila ne se positionne plus comme un ancien Président en réserve de la République, mais comme un opposant frontal qui conteste la légitimité de la stratégie militaire actuelle.
À en croire les mêmes sources, cette posture l’isole davantage de l’armée. En rendant hommage aux « vaillants FARDC morts au front sous son commandement contre le Rwanda et le M23 », Michel Moto Muhima rappelle subtilement que sous Kabila aussi, l’armée se battait contre le même ennemi. Pourquoi alors refuser de le condamner aujourd’hui ?
La bataille de l’opinion est lancée. Entre ceux qui voient dans le discours de Kabila un sursaut patriotique et ceux qui y voient une trahison, la République, elle, reste au front.



