Ils ont signé à Montreux. Mais sur le terrain, la poudre n’a pas fini de parler. Alors que Kinshasa et l’AFC-M23 viennent de parapher des textes historiques en Suisse sous l’égide du Qatar, la MONUSCO sort de sa réserve. Dans un communiqué daté du dimanche 19 avril 2026, la mission onusienne ne se contente pas de saluer l’accord. Elle énonce quatre conditions non négociables. Et propose son bras armé pour le suivi.
Derrière les mots policés des diplomaties, il y a la réalité crue de l’Est congolais. Les textes communs paraphés à Montreux ne sont pas anodins : ils couvrent l’aide humanitaire d’urgence, la libération et l’échange de détenus, ainsi que la protection des biens essentiels des populations civiles. Les deux camps ont même promis de transmettre des plans concrets aux facilitateurs qataris pour la suite. Une lueur d’espoir. Mais la MONUSCO sait que les promesses s’effacent vite dans la boue des tranchées.
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C’est pourquoi elle pose un préalable : le cessez-le-feu ne sera crédible que si quatre conditions sont réunies.
Les quatre garde-fous de l’ONU
Première exigence : l’arrêt immédiat des drones offensifs. Depuis 2024, les deux camps s’accusent mutuellement d’utiliser ces oiseaux de mort autour de Sake, Kibumba et Goma. L’ONU n’a pas oublié le 11 mars 2026, quand une frappe de drone a pulvérisé la résidence de Karine Buisset, une humanitaire française de l’UNICEF, dans le quartier Himbi à Goma. Elle n’a pas survécu. Ce jour-là, la guerre a pris un visage que les caméras n’ont pas pu filmer.
Deuxième condition : fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS. Entre janvier et mars 2025, le « spoofing » a transformé le ciel de Goma en piège à avions. Des vols humanitaires et militaires ont été perturbés, désorientés, menacés. Dans une région où chaque cargaison de médicaments ou de farine peut sauver des milliers de vies, brouiller le signal, c’est tuer par proxy.
Troisième point, et non des moindres : la pleine liberté de mouvement pour le personnel et les moyens de la MONUSCO. Chiffres à l’appui : 37 incidents d’entrave à ses patrouilles au Nord-Kivu entre janvier et mars 2026. 37 fois où des Casques bleus ont été bloqués, empêchés de protéger, retardés alors que des villages brûlaient.
Quatrième exigence : l’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien. L’aéroport de Goma, verrouillé stratégique, est fermé. Il l’a été à plusieurs reprises entre 2024 et 2025. Aujourd’hui, les combats le maintiennent sous cloche. Résultat : pas d’évacuations sanitaires, pas d’aide humanitaire massive, pas de rotation des troupes. La MONUSCO exige un corridor aérien sécurisé. Une question de vie ou de mort.
Le MSVC : la nouvelle cheville ouvrière de la paix
Au-delà des conditions, la MONUSCO fait une offre concrète. Elle se dit prête, en vertu de son mandat (résolutions 2773 et 2808), à soutenir les premières missions du Mécanisme de Supervision et de Vérification du Cessez-le-feu (MSVC/COVM). Logistique, techniques, renseignement : l’ONU va mobiliser ses moyens pour que ce mécanisme, baptisé MCVE+, ne reste pas un énième comité mort-né.
L’objectif est clair : faire baisser les violences, protéger les civils, et « favoriser le rétablissement progressif de l’autorité de l’État dans l’Est de la RDC ». Des mots qui résonnent comme un aveu : l’autorité de l’État, aujourd’hui, ne pèse pas lourd face aux kalachnikovs.
Une médiation qatarie sous haute tension
Rappelons le cadre : ces pourparlers de Montreux sont conduits par le Qatar, qui a repris le flambeau après l’échec des processus régionaux. La Suisse offre son sol neutre et sécurisé. Autour de la table : Kinshasa, l’AFC-M23, les États-Unis, le Togo, l’Union africaine… et la MONUSCO. Tous remercient les facilitateurs. Mais les sourires des photos officielles ne font pas taire les armes.
La MONUSCO conclut son communiqué par un appel solennel : « Maintenez l’élan. Traduisez ces avancées en résultats concrets sur le terrain. » Sous-entendu : les populations civiles n’attendent plus de protocoles. Elles attendent de ne plus avoir peur chez elles.



