Beni, terre de tous les dangers. C’est par cette ville meurtrie, capitale provisoire du Nord-Kivu, que James Swan a choisi de débuter son baptême du feu. À peine installé dans son fauteuil de Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, le nouveau chef de la MONUSCO quitte les palais kinois pour la boue des routes de l’Est. Objectif : voir l’enfer en face.
Lundi 20 avril 2026, l’air lourd de Beni n’a rien de celui des ambassades. Ici, le décor est planté par les cendres encore chaudes des attaques des Forces démocratiques alliées (ADF). Ces rebelles, affiliés à l’État islamique, continuent de labourer la terreur malgré les offensives conjointes avec l’Ouganda. Swan ne vient pas faire un discours. Il vient écouter les autorités provinciales, les acteurs politiques, mais surtout la société civile. Celle qui ramasse chaque matin les corps des civils massacrés.
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Mais le nouveau patron de la MONUSCO ne s’arrêtera pas là. L’Ituri l’appelle. Plus précisément le territoire de Mambasa, où les ADF viennent de frapper de nouveau. Bilan : morts, villages vidés, et une marée humaine qui grossit. Selon le gouvernement, des milliers de déplacés internes errent désormais, fuyant vers Kisangani, ville sous pression où les abris de fortune poussent comme des champignons toxiques. L’eau, la faim, les maladies : le cortège habituel du chaos humanitaire.
Un mandat revu à la hausse de l’urgence
Pourquoi ce déplacement si tôt ? Parce que James Swan a une feuille de route explosive : la résolution 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU, valable jusqu’au 20 décembre 2026. Contrairement aux années précédentes, le retrait progressif de la MONUSCO est suspendu. La guerre en a décidé autrement. La dégradation sécuritaire en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est telle que l’ONU a dû faire machine arrière.
Les chiffres donnent le vertige : 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers, 1 270 unités de police constituées. Une armée bleue pour protéger les civils, surveiller le cessez-le-feu… et épauler un nouvel échiquier diplomatique né des Accords de Washington (juin 2025) et de Doha (novembre 2025).
Mais la réalité sur le terrain est plus sale que les textes. La résolution 2808 ne mâche pas ses mots : elle condamne l’offensive du M23 au Sud-Kivu, soutenue par la Force de défense rwandaise, avec la prise d’Uvira comme symbole de la honte. Le Conseil exige un retrait immédiat. En même temps, Kinshasa est sommé de cesser tout soutien aux FDLR. Une pression à double tranchant.
Swan, l’homme de la dernière chance ?
À son arrivée à Kinshasa, James Swan avait promis une seule priorité : mettre en œuvre le mandat. Protéger les civils. Désamorcer les conflits. Créer les conditions d’une paix durable. Des mots que les Congolais de Beni et de Mambasa ont trop souvent entendus. Mais cette fois, le temps presse. La résolution 2773 (2025) fixe des objectifs clairs : stabiliser les institutions de l’État. Pas une option. Une urgence.
Alors que la nuit tombe sur Beni, James Swan s’apprête à rencontrer ceux qui ont tout perdu. Les déplacés. Les mères qui ne savent plus où enterrer leurs enfants. Les jeunes qui hésitent entre l’exil et l’enrôlement.
La question n’est plus de savoir si la MONUSCO peut encore sauver l’Est. La question est : le monde laissera-t-il James Swan essayer ?



