Le constat est sans appel. Sur les 2 500 demandes d’asile déposées par des ressortissants congolais en Belgique en 2025, 86% ont été refusées. Seuls 14% ont obtenu le statut de réfugié. Et la tendance s’aggrave en 2026 : le taux de refus atteint désormais 90%. C’est ce qu’a révélé la ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, lors d’un point de presse à Kinshasa, le 13 avril 2026, dans le cadre de sa première visite officielle en RDC.
La ministre était accompagnée de ses services. Son objectif : échanger avec les autorités congolaises sur les dossiers migratoires d’actualité, et lancer une campagne d’information contre l’immigration irrégulière et les fausses promesses.
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Un phénomène d’« asile économique »
Pour Anneleen Van Bossuyt, le diagnostic est clair : la plupart des demandeurs d’asile congolais ne fuient pas des persécutions, mais la pauvreté.
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« Beaucoup de demandes d’asile sont d’ordre économique et financier », a-t-elle déclaré. Or, la Convention de Genève de 1951, qui fonde le droit d’asile, ne couvre pas ces motifs. Elle protège les personnes persécutées pour des raisons de race, religion, nationalité, opinions politiques, ou appartenance à un groupe social.
La ministre a été ferme : « C’est important de souligner que ça n’en vaut pas la peine de demander l’asile pour des raisons économiques ou financières. Vous allez obtenir l’ordre de quitter le territoire ou un retour forcé en RDC. »
Le détournement du visa court séjour
Anneleen Van Bossuyt a également fustigé le « mauvais usage » du visa court séjour (type C). Ce visa autorise une visite familiale, un voyage d’affaires, ou du tourisme, pour une durée maximale de 90 jours sur une période de 180 jours. Il interdit de s’installer ou de séjourner durablement en Belgique.
Or, certains Congolais obtiennent ce visa, puis, une fois en Belgique, introduisent une demande d’asile. Une procédure abusive, selon la ministre.
« Nous allons vous obliger à quitter le territoire », a-t-elle prévenu. Elle a dénoncé une « perte de temps et d’argent », et critiqué les organisations (réseaux de passeurs, faux avocats, influenceurs) qui donnent de fausses informations et entretiennent l’illusion d’une vie facile en Europe.
Les procédures légales pour immigrer en Belgique
À la question de savoir comment immigrer légalement en Belgique, Anneleen Van Bossuyt a rappelé les trois procédures conformes.
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Visa court séjour : pour le tourisme, les visites familiales, les voyages d’affaires. Il ne permet pas de s’installer.
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Visa étudiant : pour suivre des études supérieures dans une université ou une haute école belge. L’étudiant doit prouver ses ressources et son niveau de langue.
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Visa de travail : pour un emploi salarié, avec un contrat de travail approuvé par les autorités belges. Le permis de travail est lié à un employeur spécifique.
La ministre a insisté : ces procédures sont longues, contraignantes, mais elles sont les seules voies légales. Tout autre chemin (asile sans motif, visa court séjour détourné) mène à l’expulsion et à une interdiction de territoire.
Une coopération bilatérale renforcée
La visite d’Anneleen Van Bossuyt à Kinshasa s’inscrit dans une volonté de renforcer la coopération migratoire entre la Belgique et la RDC. Les deux pays ont signé plusieurs accords :
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Réadmission : la Belgique peut renvoyer en RDC les ressortissants congolais en situation irrégulière, avec l’assistance des autorités congolaises.
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Échange d’informations : sur les filières d’immigration clandestine, les faux documents, les réseaux de passeurs.
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Campagnes de sensibilisation : financées par la Belgique, diffusées en RDC (radio, télévision, réseaux sociaux, affiches) pour dissuader les candidats à l’immigration irrégulière.
La ministre a rencontré son homologue congolais, ainsi que des représentants de la société civile, des organisations de défense des droits des migrants, et des journalistes. Elle a plaidé pour une approche équilibrée : fermeté contre l’immigration irrégulière, mais ouverture aux migrations légales et à l’aide au développement.
Les chiffres : une augmentation rapide
Les demandes d’asile congolaises ont doublé entre 2023 et 2025.
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2023 : environ 1 250 demandes,
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2025 : 2 500 demandes (chiffre définitif),
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Début 2026 (janvier-mars) : déjà plus de 450 demandes, soit un rythme annuel projeté de 1 800, en légère baisse par rapport à 2025, mais toujours élevé.
Le taux de reconnaissance (statut de réfugié ou protection subsidiaire) est très faible : 14% en 2025, 10% au premier trimestre 2026. La grande majorité des demandeurs sont donc déboutés et doivent quitter la Belgique.
Certains rentrent volontairement (avec une aide au retour). D’autres disparaissent dans la clandestinité. D’autres encore sont expulsés de force, parfois menottés, sous escorte policière.
Les raisons de l’échec
Plusieurs facteurs expliquent l’échec des demandes d’asile congolaises.
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Manque de preuves : les demandeurs doivent prouver qu’ils sont personnellement persécutés (ou risquent de l’être). Des témoignages vagues, des documents génériques sur l’insécurité dans l’Est, ou des articles de presse ne suffisent pas.
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Crédibilité : certains récits sont incohérents, ou contredits par des vérifications (réseaux sociaux, témoignages, bases de données).
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Fausses déclarations : usage de faux documents (cartes d’électeur, certificats de naissance, diplômes), ou dissimulation d’informations (condamnations, autres demandes d’asile dans d’autres pays).
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Pays d’origine sûr : la Belgique considère la RDC comme un pays démocratique, avec une opposition légale, une société civile active, et des élections libres (même si imparfaites). Les persécutions politiques doivent être prouvées individuellement.
Les conséquences pour les déboutés
Un demandeur d’asile débouté doit quitter la Belgique dans un délai (généralement 30 jours). S’il refuse, il peut être placé en centre fermé (pour étrangers en séjour irrégulier), puis expulsé.
L’expulsion peut être accompagnée d’une interdiction de territoire (1 à 10 ans, voire à vie). Le débouté perd alors tout droit de revenir en Belgique, même avec un visa ou pour des raisons familiales.
En RDC, les expulsés sont parfois stigmatisés, considérés comme des « échecs » ou des « criminels ». Certains se retrouvent à la rue, sans ressources, sans réseau. D’autres sont recrutés par des réseaux criminels.
L’appel à la responsabilité
Anneleen Van Bossuyt a appelé les Congolais à la responsabilité. « Ne croyez pas les fausses promesses. L’asile n’est pas une porte d’entrée pour l’immigration économique. Le visa court séjour n’est pas un sésame pour s’installer. »
Elle a invité les candidats à l’immigration à se renseigner auprès des institutions officielles (ambassade de Belgique à Kinshasa, service de l’immigration, site web du gouvernement belge), et non auprès de « coachs » ou d’influenceurs sans scrupules.
Le gouvernement congolais, de son côté, a promis de renforcer la lutte contre les réseaux de trafic de migrants, et d’améliorer les conditions de vie en RDC (emploi, sécurité, services publics) pour décourager l’émigration.
Un défi commun
La migration est un défi commun à la Belgique et à la RDC. La Belgique a besoin de main-d’œuvre qualifiée dans certains secteurs (santé, technologie, construction), et peut offrir des formations et des visas de travail. La RDC a besoin de ses ressortissants pour contribuer à son développement, et de la coopération belge pour créer des emplois.
Les solutions existent : migrations légales, aide au développement, coopération policière, campagnes d’information. Mais elles exigent une volonté politique, des moyens financiers, et une confiance mutuelle.
La visite d’Anneleen Van Bossuyt est un pas dans cette direction. Les prochains mois diront si les engagements seront tenus, et si les flux migratoires irréguliers diminueront.
En attendant, les chiffres sont implacables. 86% de refus en 2025, 90% en 2026. Un message à faire passer.



