Ils veulent tous la paix. Pourtant, chacun rejette celle de l’autre. Voilà toute la tragédie congolaise.
Autour de la table du dialogue, le décor existe. Mais la table, elle, reste bancale. Le mot « dialogue » circule partout. Il rassure les chancelleries et inspire les Églises. Toutefois, derrière ce consensus apparent, les fractures s’élargissent.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
D’un côté, le président Félix Tshisekedi affiche une main tendue, mais impose ses règles. En face, les Églises prônent l’ouverture, puis butent sur la raison d’État. Entre les deux, une jeunesse impatiente refuse de servir de figurante.
Cette « nouvelle génération » ne veut plus attendre son tour. Elle réclame sa place.
Dans un communiqué ferme, des représentants des jeunes aux assises nationales rejettent tout rôle décoratif. Leur message est clair : ils ne cautionneront plus les arrangements politiques. Ces jeunes revendiquent un rôle d’acteurs. Ils promettent une contribution « patriotique et technique ».
Selon eux, les dialogues passés ont surtout enrichi les acteurs traditionnels. Les jeunes, eux, n’ont reçu que des promesses. Désormais, ils disent stop. Finie l’instrumentalisation. Ils appellent la jeunesse de RDC et de la diaspora à défendre l’intégrité territoriale et à parler d’une seule voix.
Une question demeure : dans un paysage saturé d’ego, cette voix percera-t-elle ?
Kinshasa fixe ses lignes rouges
À Kinshasa, le pouvoir observe cette agitation avec prudence. Le dialogue ne pose pas problème en soi. Le cadre, en revanche, reste non négociable.
D’abord, les discussions doivent se tenir sur le sol national. Ensuite, seules les institutions issues des urnes peuvent les conduire. Enfin, certaines limites ne bougent pas : pas de groupes armés autour de la table.
Donc, pas de M23. Ni de Corneille Nangaa. Ni de Bertrand Bisimwa. L’ombre de Joseph Kabila plane aussi sur ces exclusions.
Pour le pouvoir, dialoguer avec des rebelles revient à récompenser la violence. Cela fragilise l’État. Dans un contexte de guerre persistante, céder semble impensable.
Les Églises plaident pour l’inclusivité
Les responsables religieux adoptent une autre lecture. Mardi 10 février, sur Actualité.cd, Mgr Donatien Nshole de la CENCO a livré un constat simple : tout le monde vise la souveraineté et l’unité. Le désaccord porte sur la méthode.
Pour lui, aucune réunification ne tient sans dialogue inclusif. Exclure certains acteurs risque d’ancrer durablement les conflits. Plus le temps passe, plus les positions se durcissent.
Même son de cloche du côté de la Église du Christ au Congo. Son porte-parole, le pasteur Éric Senga, nuance toutefois : le dialogue n’est qu’une étape. Sans justice ni réconciliation, les accords resteront creux.
Deux légitimités face à face
Le dilemme reste entier. Le pouvoir défend la légitimité des urnes. Les Églises invoquent leur autorité morale. Aucune ne surclasse l’autre. Les deux s’imposent dans le débat national.
Dans ce contexte, Angola tente une médiation. Depuis Luanda, le président João Lourenço multiplie les consultations. Sa mission consiste à rapprocher des positions presque inconciliables.
Pendant ce temps, l’Est souffre
Alors que les élites débattent, l’Est brûle toujours. Les déplacés s’entassent. Les écoles ferment. Les violences sexuelles augmentent. Le quotidien, lui, ne connaît pas de pause diplomatique.
Plusieurs inconnues subsistent :
Le dialogue verra-t-il le jour ?
Sera-t-il inclusif ?
Les jeunes y participeront-ils vraiment ?
Une chose reste sûre : le temps file. Lorsque les positions se figent, un vide apparaît. Et trop souvent, ce vide se remplit par les armes.



