Politique




Lettre de Denis Mukwege à Félix Tshisekedi : un réquisitoire sans concession contre sa gouvernance

À l'occasion du 66e anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a choisi de s'adresser directement…

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a choisi de s’adresser directement au président Félix Tshisekedi. Dans une lettre au ton particulièrement ferme, le Prix Nobel de la Paix passe au crible près de sept années de gouvernance et dénonce une série de choix politiques, diplomatiques et sécuritaires qui, selon lui, ont conduit le pays dans une impasse.

S’il rappelle avoir accueilli avec espoir l’alternance politique après le départ de Joseph Kabila, le gynécologue congolais estime aujourd’hui que ces attentes ont été profondément déçues.

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Mukwege énumère les promesses non tenues de Félix Tshisekedi

Dès les premières lignes de sa lettre, Denis Mukwege revient sur les engagements pris par Félix Tshisekedi au début de son mandat. Il cite notamment la création d’un Tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes documentés dans le Rapport Mapping des Nations unies, un projet qui, selon lui, n’a jamais vu le jour malgré les promesses présidentielles.

Le Prix Nobel critique également l’instauration de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu. À ses yeux, le choix de confier ces provinces à des gouverneurs militaires dont certains sont mentionnés dans le Rapport Mapping ne pouvait produire les résultats espérés.

Il reproche aussi au chef de l’État d’avoir privilégié des accords sécuritaires avec des pays voisins, notamment le Burundi et l’Ouganda, estimant que cette stratégie d’externalisation de la sécurité nationale s’est révélée contre-productive.

Le M23, l’EAC et les processus de paix au cœur des critiques

Pour Denis Mukwege, les erreurs de gouvernance ont favorisé le retour du M23 et compliqué davantage la recherche d’une solution durable à la crise dans l’est du pays.

Il accuse le pouvoir d’avoir multiplié les initiatives diplomatiques sans véritable coordination, évoquant les processus de l’EAC, de la SADC, de l’Union africaine, de Luanda, de Doha et de Washington. Selon lui, cette succession de cadres de négociation a davantage entretenu la confusion qu’elle n’a permis de rétablir la paix.

Le Prix Nobel critique également l’adhésion de la RDC à la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), estimant que plusieurs États membres défendent avant tout leurs intérêts économiques et géostratégiques plutôt que la protection des populations civiles congolaises.

Il estime en outre que le processus de Nairobi, puis celui de Doha, ont contribué à présenter la crise dans l’Est comme un conflit interne, alors qu’il considère qu’il s’agit avant tout d’une agression extérieure.

« Une impasse politique, diplomatique et sécuritaire »

Denis Mukwege revient aussi sur la pression exercée contre la MONUSCO pour accélérer son retrait de l’est de la RDC. Une position qu’il juge préoccupante et qui l’amène à s’interroger sur les intérêts réellement défendus par les autorités congolaises.

Enfin, il regrette l’abandon des réformes prévues dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, notamment la restructuration des FARDC. Selon lui, l’absence de réforme profonde de l’appareil sécuritaire a considérablement aggravé la crise.

« Votre incapacité à restructurer les FARDC et l’échec de votre gouvernance sécuritaire ont en grande partie contribué au pourrissement de la situation, plongeant le pays dans une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent et conduisant largement la RDC dans une impasse politique et diplomatique », écrit-il.

Par cette lettre, Denis Mukwege livre l’une des critiques les plus sévères formulées contre le pouvoir de Félix Tshisekedi depuis le début de son mandat. Un texte qui relance le débat sur le bilan du chef de l’État en matière de gouvernance, de sécurité et de diplomatie, alors que la situation dans l’est du pays demeure particulièrement préoccupante.

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