Société




Rutshuru : après un mois de silence, les réseaux téléphoniques enfin rétablis

La nuit du 16 au 17 février 2026 restera gravée dans les mémoires à Rutshuru. Après trente-cinq longs jours de…

La nuit du 16 au 17 février 2026 restera gravée dans les mémoires à Rutshuru. Après trente-cinq longs jours de silence absolu, les téléphones ont enfin vibré. Les réseaux Airtel et Orange sont de retour. Pour une population sous occupation et privée de tout, c’est bien plus qu’une connexion : c’est un lien retrouvé avec le monde.

Un calvaire de trente-cinq jours prend fin

Imaginez un instant. Plus d’appels pour prendre des nouvelles de sa famille. Plus d’Internet pour s’informer. Plus de mobile money pour payer ou recevoir de l’argent. Et des banques fermées, comme des coquilles vides. Voilà ce qu’a vécu la population de Rutshuru depuis la mi-janvier.

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Ce territoire du Nord-Kivu, placé sous occupation de l’AFC-M23, était devenu une bulle déconnectée du reste du pays. Une mise à l’écart brutale, imposée par la coupure de tous les réseaux de communication. Les jours passaient, lents et lourds, sans aucune nouvelle de l’extérieur.

Puis, dans la nuit du 16 au 17 février, les écrans de téléphone se sont réveillés. Les barres de réseau sont réapparues, timidement d’abord, puis nettement. Airtel et Orange, les deux principaux opérateurs, venaient de rétablir leurs services.

Un notable du territoire tire un signal d’alarme

Parmi ceux qui n’ont cessé de se battre pour ce rétablissement, Aimé Mbusa Mukanda, notable du territoire et défenseur des droits de l’homme, a suivi chaque étape. Il a vu les alertes se multiplier, les plaidoyers se heurter au silence administratif.

« Grâce à nos alertes et plaidoyers, la connexion internet vient d’être rétablie dans les zones où elle était coupée depuis plus d’un mois », a-t-il déclaré, un brin de fierté dans la voix. Mais ce combat, prévient-il, est loin d’être terminé.

Il salue certes cette « mesure salutaire », mais il appelle déjà à la suite. Son message au gouvernement est clair : il faut réfléchir à la fin de la guerre. Et en attendant, des urgences immédiates s’imposent. « La réouverture des banques et aéroports si nécessaire », martèle-t-il.

Une décision venue d’en haut

Ce rétablissement n’a rien d’un hasard. Il fait suite à des instructions précises venues des plus hautes sphères de l’État. La Première Ministre avait personnellement saisi les ministres des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

L’ordre était clair : prendre en charge cette question de toute urgence. Pourquoi cette pression soudaine ? Parce que des informations alarmantes circulaient. Une présumée implantation du réseau MTN du Rwanda à Rutshuru avait été signalée. Un risque d’ingérence étrangère dans les télécommunications, insupportable pour la souveraineté nationale.

Des services essentiels toujours en berne

Le retour des réseaux est donc une première victoire. Mais dans les rues de Rutshuru, la vie n’a pas repris son cours normal. Les banques restent obstinément fermées. Comment faire des affaires ? Comment payer ses employés ? Comment recevoir de l’argent d’un parent éloigné ?

Les questions s’accumulent, mais les réponses tardent. La population, elle, a appris à se contenter de peu. Pour l’instant, le simple fait de pouvoir passer un appel, d’envoyer un message, de consulter l’heure sur un téléphone qui capte à nouveau, suffit à dessiner des sourires.

Le chemin vers la normale sera long

Ce rétablissement des communications n’efface pas la réalité de l’occupation. L’AFC-M23 est toujours là. Les combats peuvent reprendre à tout moment. La peur, elle, n’a pas disparu avec le retour du réseau.

Mais pour les habitants de Rutshuru, c’est un peu de lumière dans l’obscurité. C’est la preuve que l’État, même de loin, même lentement, peut encore agir. C’est surtout la promesse que le silence imposé par les armes peut être brisé par la volonté politique.

Aimé Mbusa Mukanda et d’autres continueront de pousser. Pour les banques, pour les aéroports, pour la paix. Parce qu’à Rutshuru, on sait désormais une chose : quand on parle assez fort, on finit par être entendu.

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