Le Jeudi 15 avril 2026 à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une session spéciale sur la situation dans la région des Grands Lacs. Une dizaine de pays ont pris la parole. Tous ont unanimement demandé le retrait immédiat du M23 et de l’armée rwandaise du sol congolais. Pourtant, le représentant du Rwanda a dénoncé un « discours de haine » contre les rwandophones, tandis que son homologue congolais a rejeté les allégations sur les FDLR. Sur le terrain, la situation reste tendue.
Pourquoi cette session spéciale ?
La France et les États-Unis ont convoqué cette session spéciale pour faire le point sur l’évolution du conflit dans l’Est de la RDC. À cet endroit, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, contrôlent plusieurs territoires.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Unanimité sur le retrait
Les pays membres du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, etc.) ont affiché une unité remarquable. Tous ont condamné l’offensive du M23. Tous ont exigé son retrait des zones occupées. Enfin, tous ont demandé le départ des troupes rwandaises du territoire congolais.
Le représentant de la France a parlé d’« agression inacceptable ». Celui des États-Unis a évoqué des « preuves accablantes » du soutien militaire rwandais au M23. Le Royaume-Uni a appelé à des « sanctions ciblées » contre les responsables rwandais. Même la Chine, pourtant alliée traditionnelle du Rwanda, a appelé au « respect de l’intégrité territoriale de la RDC » et au « retrait des forces étrangères ».
La position du Rwanda
Le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies, Ernest Rwamucyo, a dénoncé un « discours de haine contre les rwandophones ». Il a expliqué, une fois encore, que les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), toujours présents en RDC, continuent de constituer un danger pour la sécurité intérieure du Rwanda.
Selon Kigali, les FDLR représentent une menace existentielle. Ce groupe armé rassemble d’anciens génocidaires hutus rwandais, qui ont fui leur pays après le génocide de 1994. Ces derniers préparent, selon Kigali, un retour armé au Rwanda. Ainsi, le Rwanda affirme avoir le droit de se défendre, y compris en poursuivant les FDLR sur le territoire congolais. Néanmoins, Kinshasa et la communauté internationale rejettent cette argumentation.
La réplique congolaise
Le représentant permanent de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a qualifié les allégations rwandaises d’« incohérentes et non justifiées ». Il a affirmé que la RDC dispose des moyens suffisants pour protéger sa population. Voici ce qu’il a martelé : « Pour l’essentiel, vous n’avez pas le droit de venir protéger les populations congolaises sur leur territoire. La République démocratique du Congo est suffisamment outillée pour assurer la sécurité de ses propres populations. »
Il a ajouté une pique cinglante : « C’est un pays qui compte, du reste, 450 tribus, alors que le vôtre n’en compte que deux. Vous n’arrivez pas à les gérer, et vous souhaitez venir gérer nos 450 tribus ? » Cette déclaration choc a suscité des réactions contrastées. Certains y ont vu une défense légitime de la souveraineté nationale. D’autres l’ont jugée maladroite, voire xénophobe.
Sur le terrain, la guerre continue
Pendant que les diplomates discutaient à New York, les armes continuaient de tuer dans l’Est de la RDC. En effet, les affrontements entre l’armée congolaise (FARDC) et le M23, appuyé par le Rwanda, se sont intensifiés.
Des combats ont éclaté au Nord-Kivu (territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo) et au Sud-Kivu (territoires de Kalehe, Walungu). Des civils ont perdu la vie, d’autres ont été blessés. Des milliers de personnes ont fui leurs maisons. Le cessez-le-feu négocié à Doha, puis à Washington, subit des violations régulières. Les belligérants s’accusent mutuellement de ne pas respecter leurs engagements.
L’appel de l’envoyé de l’ONU
L’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs, Huang Xia, a tiré la sonnette d’alarme. Il a appelé toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat. Voici sa déclaration : « Je conclus par un appel aux deux parties : aucune résolution, aucune médiation, aucun mécanisme de vérification ne pourra aboutir si les parties directement concernées ne choisissent pas la voie de la paix. »
Il a ensuite appelé la RDC, le Rwanda et tous les acteurs concernés, notamment l’AFC/M23, à « reprendre un dialogue franc, à réduire immédiatement les tensions et à veiller à la mise en œuvre effective, sans délai, de l’ensemble de leurs engagements ». Par ailleurs, Huang Xia a rappelé que la revitalisation de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (2013) demeure essentielle pour s’attaquer aux causes profondes du conflit. Cet accord, signé par 11 pays de la région, prévoit la non-ingérence, le respect de la souveraineté, et la fin du soutien aux groupes armés.
Les réactions internationales
La session spéciale du Conseil de sécurité a provoqué des réactions dans les capitales.
À Kinshasa, le gouvernement s’est félicité de « l’unanimité internationale contre l’agression rwandaise ». Le président Tshisekedi a appelé à des sanctions contre Kigali, et à un retrait immédiat des troupes rwandaises.
À Kigali, en revanche, le gouvernement a dénoncé une « mise en scène » et des « mensonges ». Le Rwanda a réaffirmé son droit à se défendre, et a accusé la RDC de collaborer avec les FDLR.
À Washington, la Maison-Blanche a menacé de nouvelles sanctions contre le Rwanda si les troupes ne se retirent pas rapidement. Les États-Unis ont également appelé la RDC à accélérer le désarmement des FDLR.
À Bruxelles, l’Union européenne a suspendu une partie de son aide au Rwanda, en signe de protestation. Cependant, les divisions entre États membres (France, Allemagne, Belgique d’un côté ; Hongrie, Autriche de l’autre) limitent la portée des mesures.
Les défis de la paix
Cette session spéciale du Conseil de sécurité a montré une unité de principe (retrait du M23 et du Rwanda), mais des divisions sur les moyens (sanctions, dialogue, médiation). Le Rwanda, soutenu par la Chine et certains pays africains, ne cède pas. Il continue de nier son implication, et de justifier ses actions par la menace des FDLR.
La RDC, elle, ne parvient pas à désarmer les FDLR, ni à restaurer son autorité dans l’Est. Les FARDC souffrent d’un mauvais équipement, d’une formation insuffisante, et parfois de corruption. Les groupes armés locaux (Maï-Maï, Nyatura, etc.) prolifèrent, profitant du chaos. Ainsi, les civils se retrouvent pris en étau.
L’accord-cadre d’Addis-Abeba, solution oubliée ?
L’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013, reste la feuille de route la plus complète pour la paix dans les Grands Lacs. Voici ses principales dispositions :
-
Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États,
-
La non-ingérence dans les affaires internes,
-
La fin du soutien aux groupes armés,
-
Le désarmement des FDLR,
-
La réforme du secteur de la sécurité,
-
La justice transitionnelle,
-
Le développement économique.
Pourtant, cet accord n’a jamais reçu une mise en œuvre pleine et entière. Les pays signataires (Angola, Burundi, RDC, Rwanda, Ouganda, Tanzanie, etc.) ont privilégié leurs intérêts nationaux au détriment de la paix régionale. L’envoyé de l’ONU, Huang Xia, a appelé à sa revitalisation. Cet appel risque de rester lettre morte, tant les tensions restent vives.
L’urgence humanitaire
Pendant que les diplomates discutent, les civils meurent. Depuis le début de l’année 2026, plus de 700 000 personnes ont fui les combats dans l’Est de la RDC. Le nombre total de déplacés internes atteint désormais 6,7 millions.
Les besoins restent immenses : nourriture, eau, soins, abris, protection. Les organisations humanitaires manquent de fonds, et d’accès aux zones sinistrées. La session spéciale du Conseil de sécurité a adopté une déclaration appelant à un accès humanitaire sans entrave. Mais sur le terrain, les routes sont coupées, les zones sont minées, les groupes armés pillent les convois.
L’impasse
La situation dans l’Est de la RDC semble dans une impasse. Le Rwanda ne retire pas ses troupes. Le M23 ne dépose pas les armes. La RDC ne parvient pas à rétablir son autorité. Enfin, la communauté internationale reste divisée.
Une fois de plus, les civils paient le prix fort : des milliers de morts, des millions de déplacés, des violences sexuelles, des enfants soldats. Cette session spéciale du Conseil de sécurité aura au moins eu le mérite de rappeler les principes : souveraineté, intégrité territoriale, non-ingérence, paix.
Reste à savoir si les parties respecteront ces principes. L’histoire de la région des Grands Lacs n’incite pas à l’optimisme. Pourtant, l’espoir, parfois, renaît.
En attendant, les diplomates retournent dans leurs capitales. Les soldats retournent au front. Les civils, eux, n’ont nulle part où aller. Ils subissent. Ils endurent. Ils espèrent. Malgré tout.



