Dans le ciel de Kinshasa, l’avion de la commissaire européenne a fendu les nuages ce mardi. À son bord, Hadja Lahbib, ancienne cheffe de la diplomatie belge, aujourd’hui chargée de la Préparation et de la Gestion des crises pour l’UE. Son agenda est clair : rencontrer toutes les parties au conflit. Pas de discussions en vase clos, mais un dialogue direct avec les belligérants.
« J’entends leur porter des messages clairs », a-t-elle confié à l’Agence de presse Belge avant son départ. Ces messages, ils sont au nombre de trois. D’abord, améliorer l’accès humanitaire dans l’Est. Ensuite, obtenir l’ouverture de couloirs sécurisés. Enfin, arracher des engagements pour poursuivre les services de santé, même dans les zones sous contrôle des groupes armés.
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La mission s’annonce périlleuse. Sur le terrain, la rébellion de l’ADF/M23, soutenue par le Rwanda, continue sa progression. Des milliers de familles fuient les combats qui opposent ces rebelles aux forces gouvernementales. Le Sud-Kivu saigne, et les pays voisins aussi.
Des camps saturés et un million de vies en suspens
Au Burundi, le plus grand camp de réfugiés congolais, à Bujumbura, affiche complet. Plus de 70 000 personnes s’y entassent dans des conditions précaires. Hadja Lahbib s’y rendra. Elle visitera également d’autres sites au Rwanda, pour mesurer l’ampleur du désastre.
Car les chiffres donnent le vertige. Selon les dernières estimations, près de 15 millions de Congolais ont des besoins vitaux en assistance et en protection. Pourtant, les caisses sont vides. La communauté humanitaire, contrainte de prioriser, ne pourra secourir que 7,3 millions de personnes cette année.
Face à cette impasse, le gouvernement congolais et ses partenaires ont lancé un appel urgent le 28 janvier dernier. La somme demandée ? 1,4 milliard de dollars. Sans cette injection massive, des vies basculeront dans l’oubli.
De Kinshasa à X : la commissaire hausse le ton
Dès son arrivée, Hadja Lahbib a utilisé les réseaux sociaux pour marteler son message. « Priorité absolue : négocier un accès et des livrables humanitaires », a-t-elle posté sur son compte X. Un ton direct, presque martial, qui contraste avec la langueur habituelle des diplomates.
« À l’Est, l’urgence est absolue. Une crise humanitaire dramatique. Des vies qu’il faut sauver. » Les mots choisis ne doivent rien au hasard. L’Union européenne, avec ses États membres, figure parmi les premiers donateurs mondiaux. Mais donner ne suffit pas. Encore faut-il que l’aide parvienne aux destinataires.
Un anneau de feu autour des Grands Lacs
Pendant que la commissaire s’envole pour Kinshasa, la réalité du terrain reste brutale. La chute récente de la ville stratégique d’Uvira a sonné comme un avertissement. D’autres agglomérations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont tombées, renforçant l’emprise du M23 sur l’Est.
Dans ce chaos, la ministre d’État Ève Bazaiba Masudi a pris les devants. Elle a conduit une mission humanitaire au Burundi et en Tanzanie, ces deux pays voisins qui accueillent des centaines, voire des milliers de réfugiés. Son objectif ? Apporter un message de réconfort, coordonner l’aide et évaluer la situation avec le HCR.
Entre urgence et éternité : le paradoxe de l’aide
Cette double mission, celle de Lahbib et celle de Bazaiba, illustre un paradoxe cruel. D’un côté, l’urgence absolue de sauver des vies. De l’autre, la lenteur des processus diplomatiques. La commissaire européenne incarne cette tension. Elle vient négocier, certes, mais aussi annoncer l’allocation de l’aide humanitaire pour 2026. Une bouffée d’oxygène dans un océan de besoins.
Reste à savoir si les promesses se transformeront en actes. Car dans l’Est congolais, le temps joue contre les vivants. Chaque jour qui passe, des familles s’enfoncent un peu plus dans l’errance. Des enfants perdent l’accès aux soins. Des femmes et des hommes meurent, loin des caméras et des conférences de presse.
Hadja Lahbib le sait mieux que personne. Son mandat, forgé dans les crises précédentes, lui a appris une leçon simple : l’aide humanitaire est une course contre la montre. À Kinshasa, puis à Bujumbura, elle tentera de gagner quelques longueurs. Pour que les couloirs humanitaires s’ouvrent enfin. Pour que la dignité, cette denrée si rare dans les camps, retrouve un peu de sa superbe.



