Choléra à la prison de Makala : le ministre de la Justice suspend les admissions

KINSHASA – L'épidémie de choléra qui s'est déclarée à la prison centrale de Makala a déjà causé la mort de cinq détenus. Face…

KINSHASA – L’épidémie de choléra qui s’est déclarée à la prison centrale de Makala a déjà causé la mort de cinq détenus. Face à l’urgence sanitaire, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a pris des mesures radicales pour endiguer la propagation de la maladie au sein de l’établissement surpeuplé.

Une circulaire ministérielle, datée du samedi 14 février et dont une copie est parvenue à Radio Okapi ce dimanche, ordonne l’interdiction temporaire de toute nouvelle admission à la prison de Makala, avec effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre.

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Un arsenal de mesures sanitaires

Au-delà de la suspension des entrées, le ministre a prescrit un ensemble de dispositions visant à contenir l’épidémie et à protéger la population carcérale :

  • Suspension ou limitation stricte des visites, sous réserve du respect rigoureux des règles d’hygiène et des prescriptions sanitaires

  • Renforcement immédiat des dispositifs sanitaires avec mise à disposition de médicaments essentiels

  • Approvisionnement en produits de prévention et de désinfection

  • Déploiement d’équipements et de matériels médicaux appropriés

La circulaire enjoint les responsables pénitentiaires, les autorités sanitaires et l’ensemble des services concernés à assurer l’exécution stricte de ces mesures et à en garantir le suivi rigoureux.

Une prison exsangue, déjà dénoncée

Cette crise sanitaire survient dans un contexte de surpopulation carcérale chronique dénoncé depuis des mois par les organisations de défense des droits humains. En novembre dernier, la Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) avait tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation des conditions de détention à Makala et à la prison de Ndolo.

Son coordonnateur, Emmanuel Cole, avait révélé des chiffres accablants : 11 404 détenus recensés dans ces deux établissements, alors que la seule capacité d’accueil de Makala est de 1 500 personnes. Il avait également signalé des cas de malnutrition, des lenteurs judiciaires maintenant des prévenus en détention provisoire prolongée, et d’autres problèmes graves.

Des recommandations restées lettre morte ?

L’activiste avait formulé plusieurs recommandations à l’État, notamment l’accélération du traitement des dossiers des détenus et la construction de nouveaux bâtiments dans les enceintes carcérales. Des appels qui résonnent avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui, alors que l’épidémie de choléra expose l’extrême vulnérabilité d’une population carcérale livrée à elle-même dans des conditions indignes.

Un test pour la volonté de réforme

Cette nouvelle tragédie sanitaire place le ministre Guillaume Ngefa face à un défi majeur, à quelques jours seulement de sa rencontre avec le chargé d’affaires américain pour renforcer la coopération judiciaire. La gestion de cette crise sera un test grandeur nature de la volonté affichée par le gouvernement de réformer le secteur de la justice et d’améliorer les conditions de détention.

Les mesures d’urgence prises sont nécessaires. Reste à savoir si elles s’accompagneront d’une réflexion structurelle sur l’état des prisons congolaises, véritables bombes sanitaires et sociales à retardement.

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