La marche s’est arrêtée sur le boulevard Lumumba. Cependant, la bataille politique s’est déplacée sur le terrain des déclarations.
Deux jours après la manifestation organisée par la Coalition Article 64 (C64), le gouvernement et l’opposition défendent désormais deux récits opposés des violences survenues à Kinshasa.
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D’un côté, Patrick Muyaya rejette les accusations visant le pouvoir. Il invite aussi l’opposition à rejoindre le dialogue annoncé par le président Félix Tshisekedi.
De l’autre, Martin Fayulu maintient ses accusations contre les autorités. Il conteste le bilan officiel et promet de poursuivre sa contestation devant les médias, dans les quartiers et devant la justice.
Patrick Muyaya défend l’action du gouvernement
En réagissant à la marche du 15 septembre, Patrick Muyaya a rappelé que le droit de manifester devait s’exercer dans le respect du maintien de l’ordre.
Le porte-parole du gouvernement rejette également les accusations selon lesquelles des militants de l’UDPS ou de la Force du Progrès auraient perturbé la mobilisation.
Le ministre dénonce ce qu’il qualifie de « tactique démodée de recourir au mensonge et à la manipulation ».
Il cite notamment un faux communiqué qui invitait, selon lui, les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. À ses yeux, cette désinformation visait à semer la peur au sein de la population.
Par ailleurs, Patrick Muyaya appelle les acteurs politiques à rejoindre la dynamique du dialogue national annoncée par le président Félix Tshisekedi.
Selon lui, l’ordonnance publiée quelques jours plus tôt invite tous les Congolais, y compris l’opposition, à participer à un processus consacré à la défense de la patrie.
Martin Fayulu maintient sa version des événements
Lors d’un Space animé mercredi par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Martin Fayulu est revenu sur le déroulement de la manifestation.
Le président de l’ECiDé affirme qu’il n’a jamais atteint le point de chute du cortège. Selon lui, plusieurs personnes qu’il présente comme membres de la Force du Progrès ont attaqué les manifestants à plusieurs reprises.
D’après son récit, les premiers affrontements ont commencé près des 15ᵉ et 16ᵉ rues. Ensuite, la situation se serait aggravée à la 10ᵉ rue.
Il affirme que des policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes. Il soutient aussi que des individus armés de machettes, de barres de fer, de bêches et de cocktails Molotov poursuivaient les manifestants.
Ces affirmations relèvent du témoignage de Martin Fayulu. Elles n’ont pas été établies par une enquête indépendante et font l’objet de versions contradictoires.
Son récit de la fuite et des affrontements
L’opposant raconte également avoir cherché refuge auprès de policiers. Puis, il dit avoir tenté de monter dans un minibus avant de quitter les lieux à bord d’un taxi-moto.
Il affirme par ailleurs avoir aperçu des éléments de la Garde républicaine affectés, selon lui, à la sécurité de Marthe Kasalu, mère du chef de l’État.
Toujours selon son témoignage, ces éléments auraient tiré en l’air pour disperser les manifestants.
Là encore, cette affirmation constitue une allégation formulée par Martin Fayulu. À ce stade, aucun élément indépendant rendu public ne la corrobore.
Le bilan officiel contesté
Martin Fayulu rejette également le bilan communiqué par le gouvernement provincial de Kinshasa. Les autorités faisaient état d’une faible affluence, de quelques blessés, de l’absence de décès et d’aucun dégât matériel.
Pour contester cette version, il cite notamment le cas de Manassé Lombo Tobomengola, présenté comme chargé de sécurité des ADD Congo.
Selon lui, son corps se trouverait à la morgue de Mabanga.
L’opposant évoque aussi son véhicule, qu’il décrit comme fortement endommagé. Il affirme enfin que plusieurs blessés ont été hospitalisés.
Ces éléments correspondent aux déclarations de Martin Fayulu. Ils contredisent le bilan officiel communiqué par les autorités provinciales.
Une offensive politique qui dépasse la marche
Au-delà des violences, Martin Fayulu annonce plusieurs initiatives.
Il prévoit des démarches judiciaires contre les responsables qu’il estime impliqués dans la gestion de la manifestation. Il réclame également des excuses publiques du gouverneur de Kinshasa.
En parallèle, il veut renforcer la présence de la C64 dans les quartiers grâce à des espaces de mobilisation citoyenne.
L’opposant s’en est aussi pris à l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi après les commentaires de ce dernier sur la mobilisation.
« Nicolas Kazadi devait se taire. Il doit nous dire comment il a quitté le gouvernement », a déclaré Martin Fayulu.
Il a ensuite formulé de graves accusations contre l’ancien ministre, qu’il qualifie de « l’un des plus grands voleurs de ce pays ».
Ces propos constituent des accusations politiques exprimées par Martin Fayulu. Ils ne correspondent pas, à eux seuls, à une constatation judiciaire de culpabilité.
Deux récits opposés après une même journée
Les déclarations de Patrick Muyaya et de Martin Fayulu prolongent désormais l’affrontement politique bien au-delà de la marche du 15 septembre.
Le gouvernement défend l’action des forces de sécurité. Il invite aussi l’opposition à participer au dialogue national voulu par Félix Tshisekedi.
L’opposition, de son côté, continue de dénoncer la gestion de la manifestation. Elle conteste le bilan officiel et annonce une riposte sur les plans politique, judiciaire et médiatique.
Ainsi, les versions des événements restent profondément opposées. La question des responsabilités dans les violences demeure donc l’un des principaux enjeux des prochains jours.



