La riposte contre Ebola en République démocratique du Congo se joue aussi sur le terrain financier. Et la facture est salée. Pour les six prochains mois, les besoins sont évalués à 1,3 milliard de dollars, une enveloppe considérable destinée à soutenir les opérations contre une épidémie qui continue de mettre les capacités de réponse à rude épreuve. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle les États membres à ne pas seulement maintenir leur soutien, mais à l’accélérer. Chaque retard dans la mobilisation des ressources risque de rendre la riposte plus coûteuse et plus difficile à conduire.
« La deuxième plus importante épidémie jamais enregistrée »
Mardi 1er septembre, lors d’une réunion d’information virtuelle avec les États membres, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dressé un bilan alarmant de la situation. « L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée, et la plus rapide que nous ayons jamais vue. Aujourd’hui, nous avons franchi la barre des 6 000 cas déclarés et déplorons près de 3 000 décès » , a-t-il déclaré.
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Un constat d’autant plus préoccupant que l’épidémie, provoquée par le virus Bundibugyo, ne cesse de gagner du terrain. Elle touche désormais 60 zones sanitaires réparties dans six provinces (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo et Bas-Uélé), ce qui en fait « une situation d’urgence extrêmement complexe impliquant des partenaires de l’ensemble du système des Nations unies et au-delà » , a souligné le haut fonctionnaire onusien.
Une préoccupation majeure : les décès en communauté
Au-delà des chiffres qui ne cessent de progresser, l’une des principales préoccupations de l’OMS concerne la persistance des décès au sein des communautés, en dehors des structures de soins. Une situation qui constitue un obstacle majeur pour les équipes de riposte.
« Tom Fletcher [Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires] et moi avons informé hier nos États membres de notre principale préoccupation : la plupart des décès surviennent encore au sein des communautés plutôt que dans les centres de soins et parmi des personnes qui n’étaient pas des contacts connus. Cela signifie qu’il existe encore des chaînes de transmission que nous ignorons » , a-t-il averti.
Pour l’OMS, l’identification rapide des cas, le suivi des contacts et la prise en charge des personnes infectées restent essentiels pour interrompre la propagation du virus. Mais sans moyens financiers suffisants, ces opérations risquent de tourner au ralenti.
1,3 milliard de dollars pour six mois de riposte
Face à l’ampleur des besoins, les autorités congolaises ont élaboré un plan d’intervention couvrant les six prochains mois. Celui-ci nécessite 1,3 milliard de dollars de financement. Une enveloppe considérable qui traduit l’ampleur des moyens nécessaires pour soutenir durablement les équipes engagées sur le terrain.
Le Directeur général de l’OMS a ainsi lancé un appel pressant aux partenaires internationaux pour accompagner le plan gouvernemental congolais. « Plus on tarde, plus le coût en vies humaines et en ressources est élevé. Le plan gouvernemental pour les six prochains mois nécessite 1,3 milliard de dollars. Nous demandons à tous les États membres d’accroître et d’accélérer leurs contributions » , a plaidé le Dr Tedros.
Un bilan qui s’alourdit de jour en jour
Selon le dernier bilan du ministère congolais de la Santé, arrêté au 31 août, le pays avait enregistré 6 186 cas confirmés, dont 3 007 décès et 1 409 guérisons, soit un taux de létalité de 48,6 %. Un chiffre vertigineux qui place cette 17e épidémie d’Ebola en RDC parmi les plus meurtrières de l’histoire.
Si l’Ouganda est parvenu à maîtriser l’épidémie sur son territoire, la situation demeure préoccupante en RDC. La progression de la maladie, la défiance d’une partie de la population, les insuffisances des infrastructures sanitaires et l’insécurité compliquent considérablement la riposte.
Le gouvernement congolais reste optimiste
Malgré ces défis, le gouvernement congolais se veut rassurant et affiche son optimisme quant à sa capacité à contenir l’épidémie. Les autorités entendent notamment s’appuyer sur l’expérience acquise lors des 16 précédentes épidémies d’Ebola enregistrées dans le pays, ainsi que sur les mécanismes de surveillance et de riposte développés au fil des années.
Le gouvernement assure poursuivre et renforcer les efforts engagés, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, afin de freiner la propagation de la maladie, de protéger les populations à risque et de garantir une prise en charge rapide et efficace des personnes affectées.
L’heure de vérité pour la communauté internationale
Pour le patron de l’OMS, l’enjeu des 1,3 milliard de dollars dépasse une simple question budgétaire. Il conditionne la capacité à maintenir et à étendre les activités de surveillance, de recherche des cas, de suivi des contacts et de prise en charge des personnes infectées.
« Tous les aspects de la riposte ont été renforcés et continueront d’être étendus. Nous mettrons fin à cette épidémie. La question est de savoir à quelle vitesse, et combien de vies seront perdues avant que nous le fassions » , a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus avec une détermination teintée d’urgence.
La question d’1,3 milliard de dollars devient dès lors celle du rythme auquel la communauté internationale saura transformer les promesses financières en moyens concrets de riposte. Dans une épidémie où le temps constitue une ressource aussi précieuse que l’argent, le financement devient un véritable levier de contrôle. Le compte à rebours est lancé.



