« La guerre ne doit jamais entrer dans la salle de classe ». C’est le message fort lancé par Delly Sesanga mercredi 2 septembre depuis Kinshasa. Le président du parti « Envol » s’oppose frontalement à la décision d’imposer des frais scolaires aux enfants du primaire dans les zones du Nord-Kivu sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23.
Dans un communiqué cinglant, l’opposant qualifie cette mesure d’inacceptable et appelle à son retrait immédiat. Il demande au Gouvernement central de prendre toutes les dispositions avec les partenaires de l’éducation pour garantir la gratuité et empêcher qu’un seul enfant ne soit exclu faute d’argent.
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La gratuité n’est pas une faveur, c’est un droit constitutionnel
Pour Delly Sesanga, le débat est juridique avant d’être politique. La gratuité de l’enseignement primaire public, d’après lui, n’est ni un privilège ni une faveur que l’on peut accorder ou retirer selon celui qui contrôle un territoire.
« C’est un droit garanti à chaque enfant congolais par l’article 43 de la Constitution », martèle-t-il. Peu importe l’endroit où vit l’enfant ou l’autorité qui contrôle son territoire, il rappelle que ce droit doit être préservé et transmis aux générations suivantes.
« L’égalité entre les enfants congolais ne s’arrête pas aux lignes de front. Aucun enfant ne peut être privé de ce droit en raison de la guerre », déclare-t-il dans son argumentaire.
L’Est a déjà trop payé
Dans son adresse, le candidat à la présidentielle de 2023 revient sur le lourd tribut payé par les populations de l’Est. Il cite notamment les morts, déplacements massifs, destruction des activités économiques, appauvrissement des familles et désorganisation totale des services essentiels.
Dans ce contexte, poursuit-il, « imposer aux parents le financement de l’enseignement primaire alors que les enseignants concernés continuent d’être rémunérés par l’État à Kinshasa, revient à faire payer une nouvelle fois la guerre à ceux qui en sont déjà les premières victimes ».
« On ne peut pas leur imposer maintenant de payer pour que leurs enfants puissent aller à l’école », dénonce-t-il.
Pour Delly Sesanga, la ligne est claire : « Nos différends politiques et la guerre ne doivent jamais prendre l’éducation de nos enfants en otage. L’école doit rester ouverte et gratuite pour tous les enfants du primaire public. Partout en République démocratique du Congo ».
Une gouvernance décriée dans les zones occupées
Cette sortie intervient dans un contexte où l’AFC/M23 est régulièrement accusée de multiplier les exactions dans les territoires sous son contrôle au Nord-Kivu. Au-delà de la question scolaire, plusieurs rapports locaux et humanitaires dénoncent l’instauration d’un système de taxes illégales.
Les rebelles procèdent aux recrutements forcés de jeunes et imposent des restrictions de mouvements aux populations civiles.
En s’attaquant aujourd’hui à la gratuité de l’enseignement, pilier social instauré depuis 2019, le mouvement rebelle franchit un nouveau cap inacceptable. Une mesure qui fait payer aux familles le prix d’une administration parallèle contestée, dans une zone où l’AFC/M23 est accusée par Kinshasa d’être soutenue par le Rwanda.


