Politique




RDC : Denis Mukwege lance « Touche pas à ma Constitution » face aux risques de révision

Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a publié une déclaration le 17 mai 2026 pour dénoncer à la…

Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a publié une déclaration le 17 mai 2026 pour dénoncer à la fois l’impasse sécuritaire dans l’Est et ce qu’il qualifie de « mépris des principes démocratiques » par la majorité présidentielle. Il appelle à un sursaut citoyen pour empêcher toute modification du nombre et de la durée des mandats présidentiels en République Démocratique du Congo.

Dans un contexte marqué par l’instabilité institutionnelle et la guerre dans l’Est, le médecin de Bukavu invoque les articles 219 et 220 de la Constitution pour rappeler l’interdiction de toute révision pendant l’état de guerre et la limitation à deux mandats.

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Une guerre dans l’Est occultée par le débat constitutionnel

Denis Mukwege dénonce le décalage entre l’urgence sécuritaire et le débat politique à Kinshasa. Il rappelle que l’accord de Washington signé le 27 juin 2025 et le processus de Doha du 19 juillet 2025 n’ont pas mis fin à l’occupation du Nord et du Sud-Kivu par les forces rwandaises et leurs supplétifs.

Pour lui, l’Union sacrée utilise ces négociations comme un écran de fumée tout en continuant à occuper les postes de l’État. Il met en garde : organiser un référendum ou des élections sans la participation de plus de 12 millions de Congolais du Kivu reviendrait à exclure une partie du pays et à fragiliser toute légitimité démocratique. La priorité, selon lui, reste la fin de la guerre et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

« Touche pas à ma Constitution » : un appel au sursaut citoyen

Sous le slogan « Touche pas à ma Constitution », Denis Mukwege exhorte les Congolais à se réapproprier le texte fondamental. Il cite le préambule de la Constitution qui désigne « l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme » comme causes de la ruine du pays.

Pour lui, le débat sur le contrat social intervient au mauvais moment, alors que les priorités devraient être la sécurisation de l’Est et la reconstruction de l’autorité publique.

Les articles 219 et 220 invoqués comme verrous constitutionnels

Le Prix Nobel s’appuie sur deux dispositions précises de la Constitution de la RDC. L’article 219 interdit toute révision pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège. L’article 220 déclare que « le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».

Ces articles sont considérés comme des verrous intangibles depuis la révision constitutionnelle de 2011. Toute tentative de modification nécessiterait une procédure référendaire complexe, incompatible selon Mukwege avec la situation sécuritaire actuelle dans plusieurs provinces de l’Est.

Mise en garde contre une dérive autoritaire

Denis Mukwege met en garde contre une dérive autoritaire et un risque de déstabilisation accrue si le pouvoir s’engage dans ce débat. Il appelle les Congolaises et les Congolais à rejeter toute tentative de division et à rester unis pour répondre aux défis existentiels du pays.

Il réaffirme sa volonté de voir la RDC devenir un État de droit « puissant et prospère, fondé sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle ».

« Le Congo n’a pas un problème de textes, mais un problème d’hommes et de femmes », martèle-t-il, pour souligner que la crise congolaise vient de la gouvernance et non de la Constitution.

La priorité, souligne-t-il, n’est pas de changer les règles du jeu, mais de les faire respecter.

Un positionnement constant depuis 2015

Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de l’engagement de Denis Mukwege sur la gouvernance en RDC. Depuis 2015, le Prix Nobel de la Paix 2018 s’est régulièrement exprimé contre les tentatives de modification de la Constitution visant à prolonger les mandats présidentiels.

La déclaration intervient alors que la question d’une révision constitutionnelle revient régulièrement dans le débat public à Kinshasa, à moins de trois ans de la fin du second mandat présidentiel prévue le 20 janvier 2029.

La majorité entre révision technique et 3e mandat

Au sein de l’Union sacrée, la volonté de réviser la Constitution est officiellement assumée, mais les motivations divergent. Plusieurs cadres de la majorité présidentielle présentent la démarche comme une nécessité technique pour adapter la loi fondamentale aux réalités du pays. Cependant, ils n’évoquent pas directement la question des mandats présidentiels. D’autres élus et alliés du pouvoir sont plus explicites et plaident ouvertement pour le maintien de Félix Tshisekedi au-delà de 2029.

Le Président congolais lui-même s’était exprimé sur le sujet lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026. Il avait appelé à ne pas « prêter attention » aux déclarations des partisans d’un 3e mandat, tout en affirmant sa volonté de respecter la Constitution. Il avait cependant ajouté que « si le peuple l’exprime clairement », il pourrait aller au-delà des deux mandats prévus par l’article 220. Une sortie qui a relancé le débat sur l’interprétation de la volonté populaire face aux verrous constitutionnels.

L’opposition dénonce une manœuvre pour contourner l’alternance

Du côté de l’opposition, le rejet est quasi unanime. Martin Fayulu, lors de son point de presse du 12 mai 2026 à Kinshasa, a qualifié le débat sur la révision de « diversion dangereuse » organisée pour masquer l’échec sécuritaire et social du pouvoir. Il a rappelé que la Constitution ne peut être modifiée pendant l’état de siège et de guerre, conformément à l’article 219. Il a également accusé la majorité de préparer une confiscation du pouvoir.

D’autres leaders de l’opposition et de la société civile dénoncent aussi une « Constitution imposée par la majorité » qui ignorerait les priorités réelles des Congolais. Ils exigent que le Gouvernement concentre ses efforts sur la sécurisation de l’Est et l’organisation des élections dans les délais constitutionnels.

Une population divisée, mais majoritairement opposée à la révision

Sur le terrain, l’opinion reste partagée mais penche vers le rejet. Selon plusieurs observateurs, une majorité de Congolais se déclare opposée à toute modification du nombre et de la durée des mandats présidentiels avant 2029.

L’argument principal avancé est le respect de l’alternance démocratique et la priorité donnée à l’organisation des élections générales prévues en décembre 2028.

Dans l’Est du pays, la question suscite aussi de la méfiance. Pour de nombreux habitants du Nord et du Sud-Kivu, discuter d’une révision constitutionnelle alors que plus de 12 millions de personnes restent privées de vote à cause de l’insécurité revient à exclure une partie du pays du débat national.

Le mot d’ordre « Touche pas à ma Constitution » gagne du terrain dans les mobilisations citoyennes.

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