Dans la foule vibrante d’un stade marocain, un homme est immobile. Depuis les premiers matches de la CAN 2025, il ne bouge plus. Le bras droit tendu vers le ciel, la paume ouverte, le regard perçant un horizon que lui seul voit. Michel Kuka Mboladinga, supporter congolais, n’est plus un simple fan. Il est devenu, match après match, le symbole inattendu et puissant de tout un tournoi, en incarnant la statue de Patrice Lumumba, le héros martyr de l’indépendance congolaise.
Sa performance silencieuse, inspirée du mausolée de Lumumba à Kinshasa, a d’abord hypnotisé les tribunes. Puis, elle a traversé les écrans pour conquérir le monde. Jusqu’à ce qu’un geste de dérision, après l’élimination des Léopards face à l’Algérie, ne transforme ce symbole en étendard. L’attaquant algérien Mohamed Amoura l’a imité avant de s’effondrer sur la pelouse, semblant lui dire de « se reposer ». La polémique a enflammé les réseaux sociaux, obligeant le joueur et toute sa sélection à présenter des excuses.
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Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. C’est là qu’elle a véritablement commencé.
De la polémique à l’hommage universel

En guise de réponse, le football a offert une réparation plus belle que toute polémique. En quart de finale, le Nigérian Akor Adams a marqué contre… l’Algérie. Sa célébration ? Une immobilisation parfaite, le bras levé, fixant le ciel. Le message était clair : le geste n’était plus une moquerie, mais un hommage. Le lendemain, en Coupe de France, l’ailier marocain Sofiane Diop a reproduit la même pose après un but. Dans les tribunes de la CAN, des supporters marocains l’ont imité à leur tour.
La « statue vivante » avait transcendé les rivalités sportives. Elle n’appartenait plus au seul Congo, mais à tous ceux qui y voyaient une forme de résistance, de mémoire et de fierté.
Du stade à la toile : l’icône devient manifeste

Une dent, conservée en Belgique comme macabre trophée, est tout ce qui reste de lui. En se faisant statue, Michel Kuka Mboladinga a rendu un corps à ce héros sans sépulture. Il a rappelé que certaines mémoires refusent de se dissoudre.
Aujourd’hui, son geste n’est plus une simple célébration sportive. C’est un manifeste silencieux. Il dit que l’histoire coloniale ne s’efface pas, que les héros panafricains vivent dans les consciences, et que, parfois, il suffit d’un homme immobile dans une foule en délire pour remuer un continent tout entier.
La CAN 2025 aura eu ses buts, ses larmes, son champion. Mais son héritage le plus durable sera peut-être cette image : un homme, le bras tendu, qui a fait de sa passion un acte de mémoire et de son corps un monument pour Patrice Lumumba.


