Société




Tshisekedi sacre le pouvoir coutumier, gardien des terres et de la paix

Kinshasa, 2 mars 2026 – Le Centre culturel et des arts d'Afrique centrale n'avait jamais vibré comme cela. Ce lundi,…

Kinshasa, 2 mars 2026 – Le Centre culturel et des arts d’Afrique centrale n’avait jamais vibré comme cela. Ce lundi, sous ses voûtes modernes, ce n’est pas un discours de plus qui a résonné. C’est la voix des terres ancestrales. Celle des chefferies, des lignages, des peuples premiers.

Pour la première fois dans l’histoire de la République démocratique du Congo, un Forum national des Affaires coutumières (FNAC) ouvre ses portes. Et c’est le Président de la République, Félix Tshisekedi, qui en préside la cérémonie d’ouverture. Dès lors, la journée prend une dimension particulière. Elle pourrait changer le visage de la gouvernance locale.

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Le thème choisi en dit long sur l’ambition : « Le renforcement du rôle de l’Autorité coutumière, gage de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion des communautés en RDC ». La phrase est longue. Pourtant, le message est limpide. L’État a besoin de ses chefs. Il ne veut plus les contourner ni les ignorer. Désormais, il veut les intégrer.

De la tradition au levier de développement

Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a posé le cadre. Ce forum n’est pas une conférence de plus. Au contraire, il concrétise une nouvelle vision de la gouvernance coutumière initiée dès 2019.

L’objectif est clair : organiser les entités coutumières et les transformer en véritables pôles de développement à la base. Ainsi, les chefferies ne relèvent plus du folklore. Elles deviennent des institutions reconnues et outillées, capables de porter des projets structurants.

Cinq thématiques structurent les débats. D’abord, la décentralisation et la gouvernance locale. Ensuite, le statut des chefs coutumiers. Puis, l’intégration des peuples autochtones pygmées. À cela s’ajoutent l’harmonisation des stratégies et le rôle des femmes ainsi que des jeunes dans l’alternance coutumière.

Le programme est dense. Il balaie des décennies de flou juridique et d’oubli institutionnel.

Le Couloir vert, test grandeur nature

Le moment le plus fort reste sans doute le plaidoyer de Jean-Baptiste Ndenze, vice-ministre des Affaires coutumières. Il a mis en lumière un projet qui fascine autant qu’il inquiète : le Couloir vert Kivu-Kinshasa, présenté à Davos.

Ce ruban forestier traversera le pays de part en part. Or, il traversera aussi des terres ancestrales. Dès lors, une question s’impose : peut-on protéger la forêt sans ceux qui l’habitent depuis des générations ?

« Sa réussite présuppose une forte implication des chefs coutumiers », a-t-il martelé. Car ce sont eux les premiers gardiens de la biodiversité. Sans eux, la transition écologique échouera. Sans eux, le Couloir vert restera un vœu pieux.

Puis le Président Tshisekedi a pris la parole. Et ses mots ont claqué comme un manifeste :
« Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits communautaires. »

Dans un pays où l’Est reste sous tension, cette déclaration résonne comme un serment. La terre congolaise n’est pas un terrain de manœuvres géopolitiques. Elle constitue le fondement de la souveraineté nationale.

Un pont entre modernité et tradition

À l’issue de ces assises, le pays devrait se doter d’un cadre réglementaire moderne pour les affaires coutumières. Des orientations claires émergeront. Des outils nouveaux verront le jour.

Le chef de l’État l’a affirmé : il veut faire de l’autorité coutumière un pilier de la paix, de la sécurité et du développement local.

Ce lundi, à Kinshasa, un pont s’est dessiné entre la modernité de l’État et la sagesse des chefferies. Reste maintenant à le consolider. Jour après jour. Village après village.

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