Washington – Kinshasa, 3 mars 2026 – Le couperet est tombé. Ce lundi, l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a frappé un grand coup. Dans le viseur : les Forces de défense rwandaises (FDR), l’armée du Rwanda, et quatre de leurs plus hauts responsables. Le motif ? Leur soutien indéfectible au M23, la rébellion qui ensanglante l’Est de la RDC. Une sanction qui sonne comme un réquisitoire.
Le communiqué américain est d’une rare violence verbale, pour un document diplomatique. Il accuse les FDR de soutenir activement, d’entraîner et de combattre aux côtés du M23, ce groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et l’ONU, responsable de « violations des droits humains » et d’une « crise de déplacements massifs ».
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« Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR », assène le Trésor. Une phrase qui balaie des années de dénégations rwandaises. La Maison-Blanche dit tout haut ce que les rapports d’experts de l’ONU répètent tout bas depuis des mois : l’armée rwandaise est dans le camp des rebelles, et elle y joue un rôle clé.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a mis un nom sur l’exigence américaine : « Nous exigeons le retrait immédiat des troupes, des armes et du matériel des Forces de défense rwandaises. » Une injonction claire, appuyée par la signature du président Trump, qui se veut « le président de la paix ». Les accords de Washington, signés il y a quelques jours entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, n’auront donc pas suffi.
Car c’est bien le non-respect de ces accords qui a mis le feu aux poudres. Peu après la signature de la « Déclaration conjointe sur les Accords de Washington pour la paix et la prospérité », le M23 s’est emparé d’Uvira, ville stratégique à la frontière burundaise. Des civils tués, des milliers de déplacés, et une peur immense : celle de voir le conflit s’étendre à toute la région. Les FDR, elles, n’ont pas bougé. Pire, elles ont continué à appuyer les rebelles.
Quatre hauts gradés rwandais sont désormais dans le collimateur de l’OFAC. Leurs noms résonnent comme un Who’s who de la machine de guerre rwandaise :
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Vincent Nyakarundi, chef d’état-major des FDR, commandant des forces terrestres.
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Ruki Karusisi, général de division, ancien commandant des forces spéciales, superviseur des opérations en appui au M23.
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Mubarakh Muganga, chef d’état-major, planificateur des opérations dans l’Est.
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Stanislas Gashugi, nouveau commandant des forces spéciales, promu en mars 2025.
Tous voient leurs avoirs gelés aux États-Unis. Toute transaction avec eux est interdite. Une mise à l’index qui complique sérieusement la vie de l’état-major rwandais.
Les sanctions ne sont pas que symboliques. Elles visent à étrangler financièrement et logistiquement l’appui de Kigali au M23. En échange de ce soutien, rappelle le Trésor, le Rwanda a obtenu un accès aux zones minières de l’Est, ces collines riches en coltan, en or, en tantale, qui financent la guerre.
Cette décision américaine est un tournant. Elle place le Rwanda dans une position délicate, isolé sur la scène internationale. Elle conforte la RDC dans sa quête de justice et de reconnaissance. Mais elle pose aussi une question cruciale : les sanctions suffiront-elles à faire plier Paul Kagame ? Ou faudra-t-il aller plus loin, vers un embargo plus large, vers des pressions diplomatiques accrues ?
Ce lundi, à Washington, la machine s’est mise en marche. Dans les collines du Kivu, les armes, elles, continuent de parler.



