Rubaya, l’eldorado du tantale que la RDC propose aux Américains… mais qui dort sous la botte du M23

Quelque part dans les collines verdoyantes du Nord-Kivu, là où la terre est rouge et les sous-sols d'une richesse inouïe,…

Quelque part dans les collines verdoyantes du Nord-Kivu, là où la terre est rouge et les sous-sols d’une richesse inouïe, se cache un nom qui fait rêver les industriels du monde entier : Rubaya. Ce gisement de coltan, l’un des plus riches de la planète en tantale, vient de faire son entrée dans la cour des grands. Le gouvernement congolais l’a officiellement proposé aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat stratégique sur les minéraux.

L’information, révélée par l’agence Reuters ce mercredi 18 février, a la précision d’un coup de canon dans le ciel calme de la diplomatie internationale. Un haut responsable congolais et un diplomate américain l’ont confirmé : Rubaya figure sur la liste restreinte des actifs stratégiques présentée lors d’une réunion RDC–États-Unis à Washington, le 5 février dernier.

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Le tantale, ce métal qui fait tourner le monde moderne

Pour comprendre l’enjeu, il faut plonger dans les entrailles de la chimie industrielle. Le tantale, extrait du coltan, est un métal rare aux propriétés presque magiques. Résistant à la chaleur, inaltérable, il est indispensable à la fabrication des semi-conducteurs qui équipent nos smartphones, nos ordinateurs, mais aussi l’aéronautique de pointe et les turbines à gaz.

Sans tantale, pas de high-tech. Sans tantale, l’industrie de défense américaine tousse.

Et Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, concentrerait à lui seul environ 15 % de la production mondiale. Une manne. Une mine d’or grise. Avec des teneurs en tantale oscillant entre 20 et 40 %, le gisement fait figure de Saint-Graal pour les géants de la technologie.

50 à 150 millions de dollars pour relancer la machine

Les experts congolais ont fait leurs calculs. Relancer l’exploitation industrielle de Rubaya nécessiterait un investissement compris entre 50 et 150 millions de dollars. Une broutille au regard des profits escomptés. Le retour sur investissement, promet-on à Kinshasa, serait rapide. La demande mondiale de tantale ne faiblit pas, et les industries américaines cherchent désespérément à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.

Pour les États-Unis, c’est aussi une question de rivalité géopolitique. La Chine, déjà premier partenaire commercial de l’Afrique, verrouille progressivement l’accès aux ressources critiques. En s’implantant à Rubaya, Washington grignoterait un peu de cette emprise.

Le cauchemar de Rubaya : des collines sous contrôle rebelle

Mais il y a un os. Un os grand comme une guérilla. Rubaya et ses environs ne sont pas sous contrôle de Kinshasa. Depuis des mois, la zone est tenue par les rebelles de l’AFC/M23. Ces collines où dorment des milliers de tonnes de coltan sont devenues un territoire insurgé, une enclave où l’État congolais n’a plus voix au chapitre.

Les Nations Unies, dans un rapport accablant publié l’année dernière, ont documenté l’ampleur du désastre. L’occupation rebelle a favorisé l’émergence de réseaux de contrebande parfaitement organisés, qui acheminent le minerai vers le Rwanda voisin. Les trafiquants se frottent les mains.

L’ONU estime que les rebelles tirent au moins 800 000 dollars par mois des taxes prélevées sur la production et le commerce du coltan de Rubaya. Près d’un million de dollars chaque mois qui alimentent la machine de guerre, achètent des armes, paient des combattants, et prolongent le calvaire des populations locales.

Le paradoxe congolais : proposer ce qu’on ne contrôle pas

La proposition faite aux Américains a donc un goût amer. Kinshasa met sur la table un joyau qu’il ne tient pas. Un trésor dont l’accès est verrouillé par une rébellion armée, adossée à des trafics transfrontaliers.

Pour les États-Unis, le calcul est complexe. Investir dans une zone de guerre ? Financer indirectement, via des taxes ou des achats, des groupes armés que la diplomatie américaine est censée combattre ? Ou au contraire, voir dans cet investissement un levier pour sécuriser la zone et en chasser les rebelles ?

La réunion du 5 février à Washington n’a sans doute pas tranché cette quadrature du cercle. Mais elle a posé une bombe à retardement diplomatique.

Le peuple oublié de Rubaya

Pendant que les grandes puissances se disputent le tantale, les vrais propriétaires de la terre, eux, continuent de creuser à mains nues. Des milliers de creuseurs artisanaux, des hommes, des femmes, parfois des enfants, descendent chaque jour dans des galeries de fortune pour extraire ce minerai qui fera tourner les usines à l’autre bout du monde. Leurs revenus ? Dérisoires. Leur sécurité ? Aucune. Leur avenir ? Hypothéqué par des décennies de conflits.

Rubaya, c’est le miroir grossissant de tous les paradoxes congolais. Une richesse inouïe enfouie sous une terre meurtrie. Des promesses d’investissements colossaux qui butent sur l’insécurité chronique. Un État qui propose son patrimoine aux grandes puissances, mais ne parvient pas à le protéger des prédateurs.

L’avenir en suspens

Reste à savoir si les Américains mordront à l’hameçon. Si le Département d’État et les investisseurs privés jugeront le risque acceptable. Si une fenêtre s’ouvrira pour, enfin, faire de Rubaya un levier de développement plutôt qu’une pompe à fric pour les groupes armés.

En attendant, les collines du Nord-Kivu continuent de saigner. Et le tantale, ce métal précieux qui fait tourner le monde, continue de s’écouler en contrebande vers les frontières de l’Est. L’histoire de Rubaya est loin d’avoir livré tous ses secrets

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