Rubaya, 4 mars 2026 – La terre du Nord-Kivu n’a pas fini de pleurer. À peine un mois après la catastrophe du 29 janvier, qui avait déjà emporté plus de 400 vies, un nouveau pan de colline s’est effondré ce mardi 3 mars sur le site minier de Kasasa, dans le périmètre de Rubaya, territoire de Masisi. Le bilan provisoire, livré par la société civile locale, est effroyable : près de 300 morts.
Telesphore Mitondeke, rapporteur de la société civile forces vives du territoire de Masisi, a confirmé l’horreur à nos confrère d’actu30.cd : « Il y a eu certainement un éboulement dévastateur au niveau du site Kasasa, dans le périmètre minier de Rubaya. Le bilan provisoire fait état de près de 300 morts. »
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Les chiffres, encore provisoires, pourraient s’alourdir. Les fouilles se poursuivent, mais elles sont lentes, dangereuses, entravées par l’instabilité du terrain. Chaque pelletée de terre peut révéler un corps, ou provoquer un nouvel éboulement.
Creuseurs, commerçants, anonymes : une faune humaine engloutie
Qui sont les victimes ? Des creuseurs artisanaux, d’abord. Ces hommes, parfois des enfants, qui s’enfoncent chaque jour dans les entrailles de la terre pour en arracher le coltan, ce minerai précieux qui fait tourner l’industrie électronique mondiale. Mais aussi des commerçants, venus vendre un peu de nourriture, du carburant, des cigarettes à ceux qui passent leur vie dans les trous. Et puis d’autres, des anonymes, des passants, des curieux, tous présents au mauvais endroit au mauvais moment.
Rubaya n’est pas un site minier comme les autres. C’est l’un des réservoirs mondiaux les plus importants de coltan. Chaque jour, des milliers de personnes y convergent, attirées par la promesse d’un revenu, d’une survie. Une ruée vers l’or gris qui se transforme trop souvent en tragédie.
Deux catastrophes en un mois : l’alerte était là
Le 29 janvier dernier, plus de 400 personnes avaient déjà péri dans un éboulement similaire. L’alerte avait été donnée. Des experts, des ONG, des responsables locaux avaient pointé du doigt les conditions d’exploitation dangereuses, l’absence de normes de sécurité, la fragilité des sols minés par des années de creusage anarchique. Rien n’a changé.
Un mois plus tard, le même drame se rejoue. Même décor, mêmes causes, mêmes victimes. La terre, gorgée d’eau par les pluies, fragilisée par les galeries souterraines, a cédé. Et des familles entières pleurent à nouveau leurs morts.
Un deuil national, et après ?
Face à cette répétition de l’horreur, les mots manquent. Les autorités locales appellent à l’aide, réclament des mesures de sécurité, une régulation stricte de l’exploitation minière artisanale. Mais dans une région en proie à l’insécurité, à la présence de groupes armés, à la pauvreté endémique, les moyens manquent.
Pendant ce temps, le coltan continue de sortir de terre. Il part pour l’étranger, transformé en téléphones, en ordinateurs, en consoles de jeux. Et derrière lui, il laisse des trous béants, des terres instables, et des centaines de morts oubliés.
Rubaya est devenue une terre deux fois maudite. Deux fois en un mois, elle a englouti ses enfants. Et rien ne dit qu’elle ne le fera pas une troisième fois.



