Patrick Muyaya explique les accords de paix de Doha et Washington à la jeunesse congolaise

Dans la salle Brel du Centre Wallonie-Bruxelles, l’air était tendu. Presque électrique. Face à une jeunesse congolaise en quête de…

Dans la salle Brel du Centre Wallonie-Bruxelles, l’air était tendu. Presque électrique. Face à une jeunesse congolaise en quête de réponses, le ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a choisi ses mots avec gravité. Il est venu expliquer l’inexplicable : trente ans de guerre à l’Est, et une paix qui semble toujours se dérober.

« Cette guerre d’agression ne vise pas le Président de la République. Elle vise l’ensemble du peuple congolais. »

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La phrase a figé la salle. Prononcée au cœur du deuxième panel du dialogue intergénérationnel, elle a imposé le silence. Pour Muyaya, le temps de la pédagogie a sonné. En cinq minutes, il a tenté d’éclairer les processus complexes de Doha et de Washington, deux tables de négociation où se joue peut-être l’avenir du Kivu.

Diplomatie, lignes rouges et pédagogie politique

D’abord, le ministre a rappelé le choix stratégique du président Félix Tshisekedi : la diplomatie. Il a cité l’adhésion à la Communauté de l’Afrique de l’Est, les discussions sous l’égide du Qatar et les pourparlers facilités par les États-Unis.

Ensuite, il a tenu à lever toute ambiguïté. « Nous n’avons aucun problème avec le peuple rwandais. Notre différend concerne le régime rwandais, incarné par le président Kagame », a-t-il insisté. Ainsi, il a tracé une ligne nette entre les peuples et leurs dirigeants.

Puis, Muyaya est revenu sur les racines du conflit. Il a replongé l’assistance dans l’histoire tragique ouverte par le génocide rwandais de 1994. « Trente ans plus tard, nous n’en sommes pas sortis », a-t-il reconnu. Selon lui, la crise reste systémique. Elle s’alimente, dit-il, d’un voisin qui utilise la guerre comme modèle économique.

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Cependant, le ministre a voulu rassurer. Les accords en discussion respectent les lignes rouges de la RDC. « Aucun centimètre carré de notre territoire ne sera cédé. » Il a détaillé les avancées du processus de Doha : une déclaration de principes, huit problématiques identifiées, des progrès sur le cessez-le-feu et sur les échanges de prisonniers. « Ces textes sont publics. Aucun accord n’est secret », a-t-il martelé.

Un appel direct à la jeunesse congolaise

Mais au-delà de la géopolitique, le cœur du message s’adressait à la jeunesse. Patrick Muyaya a lancé un appel clair : ne pas rester spectatrice.

« On ne fait jamais carrière dans la jeunesse. Les responsabilités s’assument dans le temps, à travers des institutions organisées. »

Par cette phrase, il a plaidé pour la patience institutionnelle. Toutefois, il a aussi insisté sur l’engagement citoyen. Selon lui, les ressources englouties par la guerre manquent cruellement aux hôpitaux et aux écoles. Or, seule la paix permettra de les réorienter vers le développement. Mais cette paix exige une mobilisation collective, durable et consciente.

« Les soldats qui tombent au front sont vos frères, vos cousins », a-t-il rappelé.

Face à lui, le Vice-Premier ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, et le président du Conseil national de la jeunesse, Claude Mbuyi, écoutaient attentivement. Pendant plus de trois heures, les membres du gouvernement Suminwa II ont échangé, argumenté et répondu. Une disponibilité saluée, même si elle n’a pas dissipé toutes les inquiétudes.

Lorsque Patrick Muyaya a quitté l’estrade, une question est restée suspendue dans l’air chaud de Kinshasa : les mots suffiront-ils à transformer l’espoir en paix réelle sur les collines du Kivu ? La réponse, elle, se joue bien au-delà des murs du Centre Wallonie-Bruxelles.

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