Dans les collines verdoyantes du Nord-Ubangi, la colère gronde plus fort que les troupeaux. Depuis des semaines, une ombre plane sur les villages. Celle de plus de 3 000 éleveurs Mbororo et de leurs 30 000 têtes de bétail qui, selon les habitants, se comportent moins en voisins qu’en conquérants.
Une crise qui remonte jusqu’à Kinshasa
Ce mercredi 5 mars, l’écho de cette crise est parvenu jusqu’au cabinet du vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita. Devant lui, le gouverneur du Nord-Ubangi a déroulé la litanie des exactions.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
D’abord, des champs piétinés et transformés en désert de boue du jour au lendemain. Ensuite, des terres agricoles accaparées sans autre forme de procès. Enfin, une violence qui, désormais, n’épargne plus personne.
Le drame de trop s’est noué il y a quelques jours dans un champ, pour une dispute qui aurait dû être banale. Une altercation. Puis un coup de couteau. Et la vie d’un jeune homme de 23 ans qui s’est éteinte, fauchée par un éleveur.
Depuis, dans les agglomérations du Nord-Ubangi, l’inquiétude des populations a changé de visage. Déjà éprouvées par la crise économique, elles vivent désormais avec une peur viscérale, mêlée d’une rage sourde.
L’État promet de rétablir l’ordre
Face à cette situation, le vice-Premier ministre n’a pas hésité. Aussitôt informé, il a tranché : la sécurité ne se négocie pas.
Des mesures immédiates ont été ordonnées. Dans les prochaines heures, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) seront redéployées sur place. L’objectif est clair : restaurer l’ordre, protéger les civils et mettre un terme à ce que certains qualifient déjà d’« occupation silencieuse ».
Mais Guy Kabombo le sait : le problème dépasse un simple différend de voisinage. En effet, la cohabitation entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades constitue une poudrière dans plusieurs régions d’Afrique.
Ici, au Nord-Ubangi, elle a déjà explosé.
Le ministre a donc décidé d’élever le débat au plus haut niveau de l’État. Le dossier sera porté directement à la connaissance du Président de la République, Félix Tshisekedi.
Une situation jugée explosive
La veille, à Kinshasa, une réunion d’urgence avait déjà réuni les cadres du gouvernement central et ceux de l’exécutif provincial.
Autour de la table, le constat était unanime : la situation est explosive. Avec près de 30 000 têtes de bétail déambulant sur des terres non destinées au pastoralisme, les tensions communautaires ont atteint un point critique.
Désormais, tous les regards se tournent vers l’armée.
Dans les villages, entre la peur d’une nouvelle flambée de violence et l’espoir que l’État de droit reprenne ses droits, les habitants retiennent leur souffle. La restauration de l’ordre est en marche.
Reste à savoir si elle suffira à panser les plaies d’une cohabitation devenue impossible.



