Muhindo Nzangi sur le front agricole, la « revanche du sol » a commencé

La Jeep du ministre soulève un nuage de poussière ocre sur les pistes du Kongo Central. Nous sommes à Seke…

La Jeep du ministre soulève un nuage de poussière ocre sur les pistes du Kongo Central. Nous sommes à Seke Banza, puis à Luozi, plus tard à Kimpese. Partout, Muhindo Nzangi Butondo, ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, plante le même décor : il scrute, interroge, caresse du regard les épis de maïs qui se balancent sous le soleil généreux de la province.

Ce n’est pas une simple tournée de courtoisie. C’est un pèlerinage au cœur du vivant. Il y a quelques mois, à Menkao, le président Félix Tshisekedi lançait officiellement la campagne agricole 2025-2026. Aujourd’hui, son ministre est venu vérifier si la promesse a germé. Et visiblement, elle pousse bien.

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Bakagol et les merveilles de l’INERA/Ngimbi

Première halte : l’agrégateur Bakagol, niché dans les installations de l’INERA à Ngimbi. Ici, le maïs s’étend à perte de vue. Les plants sont droits, vigoureux. Le ministre marche entre les rangées, s’imprègne. Autour de lui, les « agrégés » — ces petits producteurs encadrés — le regardent faire, fiers du travail accompli. La satisfaction du ministre est sincère.

« C’est exactement ce que nous voulons voir », glisse-t-il à son cabinet. Une mécanique bien huilée : des intrants, un encadrement technique, et une promesse d’écoulement. Le tout porté par des hommes et des femmes qui, hier encore, cultivaient pour survivre, et qui aujourd’hui cultivent pour bâtir.

Plus loin, à Nkundi, dans le territoire de Luozi, même tableau. Un autre agrégateur, soutenu par le ministère, dévoile ses champs. La croissance du maïs y est qualifiée de « satisfaisante ». Mais ce qui frappe le plus, c’est l’impact humain. « Une large frange de la population locale bénéficie d’un encadrement structuré », constate-t-on dans la délégation. Ici, l’agriculture n’est plus une activité solitaire ; elle devient un projet collectif, un liant social.

Kimpese, Mbanza-Ngungu : Le grenier de l’ouest se réveille

La caravane ministérielle reprend la route, direction Kimpese. Une grande usine de riz y est inspectée. Les machines, le silence de l’attente, les entrepôts prêts à engloutir la production. L’industrialisation agricole n’est plus un vœu pieux : elle se dresse en béton et en acier.

Puis vient Mbanza-Ngungu, ce territoire que l’on surnomme le « grenier agricole » de l’ouest du pays. Là, autour d’une table, les échanges s’intensifient. Les techniciens, les producteurs, les responsables locaux listent les urgences : il faut des semences améliorées, il faut des crédits agricoles, il faut accélérer les projets structurants. Le ministre écoute, note, tranche.

C’est dans ce cadre qu’il lâche une annonce qui va faire son chemin dans les villages : la distribution des semences commence dès la semaine prochaine. Mais attention, prévient-il, le gouvernement ne distribuera pas à des individus isolés. Un mot d’ordre tombe, clair comme du cristal de roche :

« Tous ceux qui souhaitent bénéficier de l’appui du gouvernement doivent rejoindre des coopératives et se rapprocher des inspecteurs provinciaux. »

Fini l’éparpillement des moyens. Place à l’organisation paysanne. La professionnalisation du secteur passe par là.

Le café, le palmier et la promesse des générations futures

À Mbanza-Ngungu, une autre nouvelle fait vibrer les amoureux de la terre : une pépinière de 200 000 plantules de café et 50 000 plantules de palmier à huile va voir le jour. Ce sont les cultures pérennes qui reprennent leurs droits. Le ministre insiste : chaque ménage doit planter près de sa maison. Pas seulement pour nourrir la famille, mais pour garantir des revenus durables. Le café d’hier, qui faisait la fierté du Congo, pourrait retrouver ses lettres de noblesse.

« L’ère de la revanche du sol a sonné »

Avant de remonter dans son véhicule, Muhindo Nzangi se retourne une dernière fois vers les champs. Le soleil décline, mais ses mots, eux, restent suspendus dans l’air chaud du Kongo Central :

« L’ère de la revanche du sol a sonné. Nous allons y parvenir. »

Une formule qui sonne comme un manifeste. Celle d’un Congo qui ne veut plus seulement extraire les richesses de son sous-sol, mais qui décide, enfin, de faire confiance à la générosité de sa terre. Et de ceux qui la cultivent.

Le message est lancé. Reste à savoir si, dans les mois à venir, la moisson sera à la hauteur des semailles. Mais pour l’instant, sur les routes poussiéreuses du Kongo Central, l’espoir, lui, a déjà pris racine.

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