Sud-Kivu, 2 mars 2026 – Le silence est retombé sur Mikenge, mais c’est un silence lourd, poudreux, celui qui suit la tempête. Ce lundi, après plusieurs jours d’affrontements d’une rare intensité, la localité, située dans le territoire de Mwenga, est officiellement revenue sous contrôle des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Une victoire arrachée dans la douleur, main dans la main avec les combattants Wazalendo, ces patriotes qui ont fait de la résistance leur étendard.
Tôt ce matin, le bruit des armes lourdes et légères a déchiré le calme précaire de la région. Des heures durant, les détonations ont roulé sur les collines, semant une terreur familière chez les habitants. Puis, soudain, un autre bruit : celui des bottes des soldats loyalistes entrant dans la localité. Les groupes armés, ceux qui faisaient la loi dans ces contrées reculées, ont plié bagage, se fondant dans la jungle des collines environnantes.
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« Ce matin, nous avons vu les militaires entrer dans Mikenge. Les groupes armés se sont retirés vers les collines », souffle un notable de la région, la voix encore tremblante. Une phrase simple, mais qui dit toute l’horreur vécue et l’espoir fragile d’un retour à la normale.
Mikenge n’est pas un point sur la carte comme les autres. Perché dans le territoire de Mwenga, ce carrefour stratégique commande les axes ruraux qui irriguent tout le Sud-Kivu. Reprendre Mikenge, c’est verrouiller des voies d’approvisionnement vitales. C’est planter le drapeau de l’État là où l’ombre des groupes armés s’étendait depuis trop longtemps.
Mais la victoire a un goût amer. Comme toujours dans ces guerres sans fin, ce sont les civils qui paient le prix fort. Des organisations locales, témoins impuissants du drame, tirent la sonnette d’alarme. Des familles entières ont fui, abandonnant leurs maigres biens, se réfugiant dans des villages voisins ou se cachant dans la brousse, hantées par la peur des représailles.
Pour l’instant, les autorités militaires restent muettes. Aucun bilan officiel, aucun communiqué détaillant les pertes ou la situation sécuritaire post-reconquête. Ce silence laisse planer un doute, une inquiétude. Les leaders communautaires, eux, tentent d’éteindre les braises. Ils appellent au calme, à la retenue, et supplient les autorités de consolider les positions. Il ne faudrait pas que cette victoire ne soit qu’un feu de paille, que les groupes armés, tapis dans l’ombre, tentent de revenir.
Cette reprise de Mikenge est-elle un tournant ? Les opérations de sécurisation dans le territoire de Mwenga pourraient-elles enfin porter leurs fruits ? L’avenir le dira. Mais pour l’instant, sur les routes poussiéreuses du Sud-Kivu, des milliers de déplacés marchent, le regard vide, vers un lendemain qui ne chante pas encore.
La guerre a changé de camp, mais la paix, elle, n’est pas encore au rendez-vous.




