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Le stade des Martyrs privé des matchs internationaux : un signal d’alarme pour le football Congolais

À compter de ce mois de janvier 2026, le stade des Martyrs de Kinshasa ne pourra plus accueillir de matchs…

À compter de ce mois de janvier 2026, le stade des Martyrs de Kinshasa ne pourra plus accueillir de matchs internationaux. La Confédération africaine de football (CAF) a officiellement retiré l’homologation de la plus grande enceinte sportive de la République démocratique du Congo.
La décision a été notifiée à la Fédération congolaise de football association (FECOFA) par courrier en date du vendredi 9 janvier 2026.

Au cœur de cette suspension figure un rapport technique sans complaisance, issu de la dernière mission d’inspection de l’instance continentale. Le document fait état de graves insuffisances : installations sanitaires défaillantes, équipements médicaux non conformes, aire de jeu en deçà des normes internationales et dispositif de sécurité jugé insuffisant.
Autant de manquements considérés comme incompatibles avec l’organisation de compétitions africaines, aussi bien pour les clubs que pour les sélections nationales.

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Un symbole mis à l’écart

Symbole historique du sport congolais, le stade des Martyrs se voit ainsi écarté du football continental. Une sanction administrative lourde de conséquences, qui sonne comme une mise en demeure silencieuse.
Certes, la CAF a transmis à la FECOFA une liste détaillée des travaux correctifs nécessaires à une éventuelle réhabilitation et à une future réhomologation. Mais une question persiste et dérange : des millions de dollars auraient été déboursés ces dernières années pour la rénovation de l’enceinte. Où est passé cet argent ?

En attendant, les conséquences sont immédiates. Les Léopards devront désormais disputer leurs rencontres internationales soit à Lubumbashi, soit à l’étranger. Une situation embarrassante pour un pays qui commence à gagner en visibilité sur la scène africaine et à attirer des binationaux talentueux.

Une urgence stratégique pour les autorités sportives

Cette décision place les autorités sportives congolaises face à une urgence stratégique majeure. À ce jour, seuls le stade TP Mazembe de Lubumbashi et, sous conditions, certaines infrastructures hors de Kinshasa, peuvent accueillir des rencontres internationales d’envergure.

Sans mise à niveau rapide, la délocalisation des matchs à domicile risque de devenir la norme. Une perspective aux effets en cascade : coûts logistiques élevés, manque à gagner financier, éloignement du public et affaiblissement de la ferveur populaire, pourtant pilier du football congolais.

Au-delà de l’infrastructure, c’est toute la chaîne de valeur du football national qui se retrouve fragilisée.

Rénover l’ancien ou construire l’avenir ?

Construit en 1994, le stade des Martyrs affiche aujourd’hui les stigmates du temps. Malgré ses 80 000 places, il peine à répondre aux standards du football moderne.
À l’ère des pelouses hybrides, de la VAR intégrée, des écrans géants et des stades intelligents, continuer à rafistoler une infrastructure vieillissante ressemble davantage à un replâtrage permanent qu’à une vision durable.

Pendant ce temps, ailleurs en Afrique, le paysage change. Le Maroc, le Sénégal, le Kenya et d’autres pays investissent massivement dans des infrastructures sportives de nouvelle génération.

L’exemple du Kenya est révélateur. À Nairobi, le Talanta Stadium, rebaptisé Raila Odinga Stadium, est en pleine construction. Lancé en août 2024, ce stade de 60 000 places doit être livré en mars 2026, soit en moins de deux ans, pour un coût estimé à 250 millions de dollars.

Toiture à levage hydraulique informatisé, vestiaires ultramodernes, salons VIP, centres médias de pointe, VAR intégrée, pelouse hybride : tout y est pensé pour le football moderne, mais aussi pour le rugby et les grands événements culturels. Un modèle qui illustre une Afrique qui avance, innove et assume ses ambitions.

Une question de volonté plus que de moyens

La RDC, grande nation de football au palmarès respecté, dispose des ressources humaines, d’un public passionné et d’un potentiel économique réel pour se doter d’infrastructures dignes de son statut.
Ce qui semble faire défaut, ce n’est pas tant l’argent que la planification, la vision et la volonté politique.

Entre décisions tardives et absence de stratégie à long terme, le pays observe pendant que ses voisins bâtissent l’avenir. La suspension du stade des Martyrs n’est pas seulement une sanction administrative : c’est un avertissement clair.

Un signal fort invitant le Congo-Kinshasa à choisir entre l’immobilisme et l’ambition.

Car une chose est certaine : le football congolais mérite mieux qu’une rénovation annuelle de ses vieilles pierres. Il mérite des stades à la hauteur de sa passion populaire et de son immense potentiel.
Le temps des constats est révolu. Celui des choix courageux est désormais venu.

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