Politique




Le grand rendez-vous des gouverneurs se dérobe encore : que se passe-t-il vraiment à Bandundu ?

Le calendrier officiel en a pris un coup. La 13e Conférence des gouverneurs, tant attendue, tant préparée, vient de subir…

Le calendrier officiel en a pris un coup. La 13e Conférence des gouverneurs, tant attendue, tant préparée, vient de subir un second report en l’espace de quelques semaines. Initialement fixée du 3 au 7 mars, la voici renvoyée aux calendes de la fin du mois, précisément du 24 au 28 mars. L’information, tombée d’un message officiel du Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, a eu l’effet d’une douche froide dans les 26 provinces concernées.

Aucun motif n’accompagne la décision. Le communiqué est sec, administratif, presque mystérieux. Alors, pourquoi ce nouveau contretemps ?

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Bandundu, laboratoire à ciel ouvert des promesses non tenues

Pour comprendre, il faut quitter Kinshasa et ses ors de la république. Il faut prendre la direction de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, officiellement désignée pour abriter ces assises. La ville, paresseusement installée au bord de la rivière Kwilu, devait être le théâtre de ce grand raout des exécutifs provinciaux. Mais sur place, le décor contredit l’ambition.

Les raisons du premier report, officieusement attribuées au « parachèvement des infrastructures », n’ont pas été gommées. Pire, elles se sont invitées dans le paysage comme des verrues que le temps n’efface pas.

Commençons par l’aéroport. Point névralgique pour l’accueil des personnalités, il devait faire l’objet d’une réhabilitation express. Le marché a bien été attribué à la société Safrimex. Mais près d’un mois plus tard, c’est le désert. Aucun engin, aucun matériau, aucun ouvrier sur le tarmac. La piste, avec ses fissures et ses herbes folles, attend toujours. Selon des sources proches du gouvernement provincial, les fameux matériaux promis ne sont tout simplement jamais arrivés à Bandundu.

Seule la RVA (Régie des Voies Aériennes) tente de sauver les apparences. Ses locaux arborent une nouvelle couche de peinture fraîche, et les mesures de sécurité ont été renforcées. Mais un pot de peinture ne fait pas un aéroport international.

Les artères de la ville, entre espoir et résignation

Descendons maintenant sur l’avenue Kwango. Une artère stratégique, dont le bétonnage sur 12 kilomètres devait moderniser le visage de la ville. À ce jour, à peine un kilomètre est réalisable. Les caniveaux, eux, poursuivent leur construction au ralenti, comme un chantier qui aurait perdu son âme. Les ouvriers travaillent, mais le temps, lui, court plus vite qu’eux.

À la résidence du chef de l’État, le tableau est plus flatteur. Les travaux affichent 90 % d’exécution. Seuls les aménagements de la cour restent à finaliser. Un coin de paradis en chantier, mais un coin seulement.

Au gouvernement provincial, l’effervescence est palpable, presque dérisoire. Un immense chapiteau a été monté. Il abritera, promet-on, le restaurant des participants. La salle des conférences de l’exécutif a été refaite à neuf, les meubles flambant neufs sont en place. C’est ici que se tiendra la réunion du Conseil des ministres, si tant est qu’elle ait lieu.

Quand la lumière luit, mais que les questions restent entières

Il y a pourtant une note positive dans ce tableau en clair-obscur. Le réseau d’éclairage public a été réhabilité. La lumière, financée par le gouvernement provincial, baigne désormais plusieurs artères principales de Bandundu. La nuit, la ville a presque des allures de capitale. Une fierté locale, une promesse tenue.

Mais cela suffira-t-il ? La question taraude les esprits. Les autorités provinciales, les opérateurs économiques, les simples citoyens : tous se demandent si ce nouveau report sera le dernier. Ou si, dans l’ombre, d’autres obstacles se dressent.

L’ombre d’un troisième report

À Bandundu, personne ne se hasarde à faire de pronostic. Les travaux avancent trop lentement pour garantir une fin de mois glorieuse. Les matériaux n’arrivent pas, la piste de l’aéroport reste muette, le bétonnage piétine.

Alors, la question qui fédère toutes les inquiétudes est sur toutes les lèvres : la Conférence des gouverneurs aura-t-elle vraiment lieu du 24 au 28 mars ? Ou faut-il s’attendre à un énième report, glissant les assises vers des horizons plus lointains ?

Le Vice-premier ministre n’a pas motivé sa décision. Peut-être parce que les motifs, justement, se lisent à ciel ouvert, sur les routes de Bandundu, dans le silence des chantiers à l’arrêt, dans l’attente des populations qui regardent passer les jours sans voir venir les travaux.

La 13e Conférence des gouverneurs est devenue, malgré elle, le symbole des défis de la décentralisation : organiser un événement national dans une province aux moyens limités, c’est d’abord construire ce qui manque. Et construire, à Bandundu, prend décidément plus de temps que prévu.

Rendez-vous donc fin mars. Ou peut-être plus tard.

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