La RDC ouvre ses mines aux États-Unis face à la domination chinoise

Riyad / Kinshasa – Dans les salons feutrés du Future Minerals Forum à Riyad, une annonce discrète a provoqué une…

Riyad / Kinshasa – Dans les salons feutrés du Future Minerals Forum à Riyad, une annonce discrète a provoqué une onde de choc stratégique. La République démocratique du Congo a décidé de transmettre aux États-Unis une liste ciblée de projets miniers. Kinshasa ouvre ainsi la porte aux investisseurs américains.

Derrière ce geste technique se cache un virage géopolitique majeur. La RDC tente de se repositionner sur l’échiquier mondial des minerais critiques. Elle avance avec prudence, en équilibre entre Washington et Pékin.

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Porte-voix de cette nouvelle diplomatie des ressources, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a levé le voile en marge du forum. Le document, attendu à Washington « dans les prochains jours », doit servir de base à des discussions économiques approfondies. Toutefois, le ministre coupe court aux spéculations. « Il ne s’agit ni de concessions préférentielles ni de cessions d’actifs stratégiques », assure-t-il. Il évoque plutôt une coopération fondée sur des intérêts mutuels.

Le cœur de la bataille : cuivre, cobalt et lithium

L’enjeu dépasse largement un simple accord commercial. La RDC est le premier producteur mondial de cobalt, indispensable aux batteries électriques. Elle occupe aussi le deuxième rang mondial pour le cuivre. Son sous-sol recèle également du lithium et du tantale, devenus aussi stratégiques que le pétrole au XXᵉ siècle.

Pendant des années, cette richesse a surtout profité à un acteur dominant : la Chine. Les entreprises chinoises contrôlent une large part de la production. Elles s’appuient sur des accords conclus il y a près de vingt ans, souvent en échange d’infrastructures. Aujourd’hui, Kinshasa veut rééquilibrer ce rapport de force. « Un rééquilibrage est nécessaire pour renforcer la concurrence », glisse le ministre. L’objectif reste clair : maximiser les retombées pour l’État congolais.

Une ouverture stratégique vers Washington

Pour la RDC, l’ouverture vers les États-Unis répond à plusieurs objectifs. Sur le plan économique, elle permet de diversifier les partenaires. Elle offre aussi la possibilité de négocier de meilleures conditions.

Sur le plan géopolitique, Kinshasa cherche un levier supplémentaire. L’intérêt américain peut peser dans les dossiers sécuritaires régionaux, notamment face au Rwanda. Enfin, cette démarche porte une dimension symbolique. Elle traduit la volonté d’affirmer une nouvelle souveraineté dans la gestion des ressources naturelles.

Riyad, tremplin d’une nouvelle diplomatie minière

À Riyad, Louis Watum Kabamba a aussi dévoilé une autre ambition. Il mise sur un partenariat renforcé avec l’Arabie saoudite. Le ministre évoque un futur « corridor d’investissement » vers les mines congolaises.

Par ailleurs, il insiste sur un changement de cap stratégique. La RDC ne veut plus exporter uniquement des matières brutes. Elle ambitionne de devenir un hub industriel régional, tourné vers le raffinage et la fabrication de batteries.

Des négociations encore incertaines

Rien n’est encore joué. La liste transmise à Washington constitue avant tout une invitation à négocier. Les discussions s’annoncent longues et complexes. Elles devront intégrer les questions sécuritaires, fiscales et environnementales.

Une certitude s’impose pourtant. La bataille mondiale pour les minerais critiques a trouvé un nouvel épicentre. Il se situe à Kinshasa, où se croisent ambitions de développement, appétits industriels et rivalités entre grandes puissances. Longtemps champ de bataille, le Congo veut désormais devenir maître du jeu.

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