Kush, Captagon, métamphétamines : l’Afrique de l’Ouest, nouveau laboratoire à ciel ouvert des drogues synthétiques

Dakar – Abuja – Freetown, 4 mars 2026 – Elles sont blanches, roses, parfois brunes. Elles se sniffent, s'avalent ou…

Dakar – Abuja – Freetown, 4 mars 2026 – Elles sont blanches, roses, parfois brunes. Elles se sniffent, s’avalent ou se fument. Leur point commun ? Elles tuent à petit feu. Ce 3 mars, l’Initiative mondiale contre le crime organisé (GI-TOC) a publié une cartographie terrifiante du marché des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest. Le constat est sans appel : en cinq ans, la région est devenue un vaste laboratoire de production et de consommation de substances aussi diverses que dévastatrices.

Pendant des années, le tramadol régnait en maître. Cet opioïde bon marché, avalé par les chauffeurs routiers pour tenir les longues distances ou par les jeunes pour oublier le chômage, était le fléau numéro un. Mais le rapport de la GI-TOC montre que l’époque du tramadol seul est révolue. Aujourd’hui, c’est une avalanche chimique qui s’abat sur l’Afrique de l’Ouest.

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Au Nigeria, les « Yahoo Boys », ces jeunes cybercriminels spécialisés dans les arnaques en ligne, ont trouvé leur carburant : la métamphétamine. Autrefois cantonnée au sud-est du pays, elle a désormais conquis le nord et s’infiltre dans toutes les grandes villes. Elle est là, partout, prête à griller les neurones de ceux qui la consomment pour rester éveillés devant leurs écrans.

En Sierra Leone, le kush fait des ravages. Une drogue de synthèse, cheap, ultra-addictive, qui plonge des milliers de jeunes dans une torpeur mortifère. Dans les ruelles de Freetown, les « kush addicts » sont devenus un spectacle quotidien, silhouettes fantomatiques errant à la recherche de leur dose.

Au Sénégal et en Gambie, l’ecstasy domine, emportant dans ses tourbillons une jeunesse en quête d’oubli. Partout, le marché explose.

Des laboratoires clandestins à portée de clic

Ce qui rend cette nouvelle vague de drogues si terrifiante, c’est sa facilité de production. Fini le temps où il fallait importer la drogue toute prête. Désormais, les « précurseurs » – ces produits chimiques nécessaires à la synthèse – arrivent d’Asie ou d’Europe, commandés sur Internet, livrés par des services de courrier classique, en petites quantités pour ne pas éveiller les soupçons. Une fois réceptionnés, ils sont assemblés sur place, dans des laboratoires clandestins qui poussent comme des champignons après la pluie.

Cette décentralisation de la production a permis l’entrée d’une myriade de petits trafiquants, rendant le marché « diffus et complexe », selon les termes du rapport. Pour les forces de l’ordre, c’est un cauchemar : comment détecter, identifier et saisir des substances dont la composition chimique varie sans cesse ?

Le Captagon, nouvelle menace à l’horizon

Mais le plus inquiétant est peut-être à venir. Depuis 2021, un nouveau venu a fait son apparition : le Captagon. Ce psychostimulant, de la famille des amphétamines, était jusqu’ici produit principalement en Syrie et destiné aux marchés arabes. Mais les producteurs syriens, confrontés à une saturation de leurs débouchés traditionnels, diversifient leurs routes. Et l’Afrique de l’Ouest est dans leur viseur.

Lucia Bird, Directrice de l’Observatoire des économies illicites en Afrique de l’Ouest et co-autrice du rapport, met en garde : « Notre enquête a mis en évidence des saisies répétées de Captagon, en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, mais à destination du continent. Cela montre bien qu’une nouvelle drogue synthétique s’apprête sans doute, encore une fois, à envahir le marché. »

Pour l’instant, la consommation de Captagon reste limitée, notamment en Sierra Leone. Mais les experts redoutent que les groupes armés sahéliens, toujours à la recherche de nouvelles sources de financement, ne s’emparent de ce trafic. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, ajouterait une couche supplémentaire à l’instabilité chronique de la région.

L’Afrique de l’Ouest est à la croisée des chemins. D’un côté, des produits chimiques qui arrivent par flux tendus. De l’autre, des armées de jeunes désœuvrés, prêts à tout pour oublier leur quotidien. Entre les deux, des trafiquants sans foi ni loi. Le cocktail est explosif. Et il n’a pas fini de faire des victimes.

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