Palais du Peuple, Kinshasa – 3 mars 2026
Sous les ors et les dorures de l’hémicycle, l’atmosphère était solennelle, presque pesante. En effet, ce mardi-là, la République avait sorti ses plus beaux atours pour la rentrée judiciaire de la Cour des comptes.
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Au premier rang, le Président Félix Tshisekedi, la Première ministre, les présidents du Parlement et tout l’état-major judiciaire du pays écoutaient attentivement. Pourtant, peu imaginaient que le discours qui allait suivre secouerait autant les certitudes.
Jimmy Munganga brise le silence sur l’impunité
Jimmy Munganga, Premier président de la Cour des comptes, s’avança alors à la tribune. Derrière ses lunettes, son regard trahissait la détermination d’un homme décidé à parler franchement.
Il évoqua d’abord la notion de « redevabilité ». Ce terme technique renvoie pourtant à une idée simple : tout gestionnaire public doit rendre des comptes.
Cependant, très vite, le ton changea. Sa voix devint plus grave. Le magistrat venait de toucher au cœur du problème.
« La question de la redevabilité ne saurait être close », lança-t-il, « sans évoquer la problématique préoccupante de l’impunité dont bénéficient les ministres et les gouverneurs. »
L’article 32 dans le viseur de la Cour des comptes
Aussitôt, un silence glacial s’abattit sur l’assemblée. En effet, Jimmy Munganga venait de briser un tabou.
Il pointait directement l’article 32 de la loi organique de la Cour. Selon lui, cette disposition agit comme un véritable bouclier juridique. Elle protège certains hauts responsables contre les poursuites pour fautes de gestion.
Ministres du gouvernement central, gouverneurs de province ou encore responsables des assemblées : tous échappent à la justice financière dans ce cadre précis.
« Cette disposition crée une discrimination manifeste », asséna-t-il. « Elle viole le principe constitutionnel de l’égalité des citoyens devant la loi. »
Dans la salle, certains ministres baissèrent les yeux. D’autres échangèrent des regards furtifs. Manifestement, le Premier président venait de poser une question explosive au cœur même de la République.
Un appel direct à réformer la loi
Pourtant, Jimmy Munganga ne s’arrêta pas là. Au contraire, il poursuivit son plaidoyer avec insistance.
Face au Chef de l’État, connu pour faire de la bonne gouvernance un pilier de son action, il demanda clairement une réforme.
« Nous devons rendre les ordonnateurs politiques justiciables devant la Cour pour leurs fautes de gestion », déclara-t-il. « Ainsi, nous restaurerons l’égalité devant la loi et renforcerons la lutte contre la criminalité financière. »
Une institution qui veut désormais peser
Pendant longtemps, la Cour des comptes était restée en retrait. Beaucoup la percevaient comme une institution discrète, presque invisible dans le paysage institutionnel congolais.
Cependant, depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, la situation a évolué. Aux côtés de l’Inspection générale des finances, la Cour a progressivement repris sa place dans le dispositif de contrôle de l’État.
Mais ce mardi, elle demandait davantage qu’un simple rôle consultatif. En réalité, elle revendiquait les moyens d’agir réellement.
Une question au cœur de la République
Car derrière les mots juridiques et les formules protocolaires, c’est une vieille histoire congolaise qui ressurgit. Celle des biens publics dilapidés, des détournements impunis et des privilèges qui protègent les puissants.
Ainsi, en demandant la suppression de l’article 32, la Cour des comptes ne s’adressait pas seulement au législateur.
En réalité, elle tendait un miroir à la République. Une question restait alors suspendue dans l’air : le pays est-il prêt à appliquer la même justice à tous ses responsables publics ?



