Ce jeudi 8 janvier 2026, Goma a été le théâtre d’une scène qui a glacé plus d’un Congolais. Sous couvert d’un hommage aux civils tués lors de bombardements, l’AFC/M23 a tenté d’imposer un récit : celui d’un mouvement protecteur des populations, face à un État congolais présenté comme bourreau. Une mise en scène de plus dans une guerre où les armes parlent, mais où les mots tentent désormais de laver le sang.
Car derrière les discours solennels, les bougies et les déclarations de compassion, une question demeure : peut-on pleurer des victimes quand on est accusé d’avoir contribué à leur mort ?
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
La mémoire contre la propagande
Les chiffres ne sont pas abstraits. Près de 10 000 morts à Goma en quelques jours. Plus de 300 civils hutu massacrés à Rutshuru en juillet dernier. Plus de 1 500 victimes recensées entre Kamanyola et Uvira. Des fosses communes, des corps abandonnés sur les routes, des villages vidés de leurs habitants. Ce ne sont pas des slogans, ce sont des réalités documentées, visibles, connues.
Aucune cérémonie, aussi soigneusement scénarisée soit-elle, ne peut effacer ces traces. Aucune déclaration ne peut transformer les charniers en erreurs de communication. La douleur des survivants ne se réécrit pas.
Une guerre des récits, mais une réalité têtue
Dans son communiqué, l’AFC/M23 a affirmé vouloir défendre le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité. Une rhétorique qui contraste violemment avec les accusations répétées de soutien militaire rwandais, de massacres ciblés et de violations massives des droits humains.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a dénoncé une tentative grossière de diversion, rappelant que ces crimes ne sont ni accidentels ni isolés, mais s’inscrivent dans une logique planifiée. Pour Kinshasa, la responsabilité est claire : le Rwanda et le M23, décrits comme « père et fils », auraient conçu, ordonné et exécuté ces violences.
La justice comme horizon, malgré tout
Ce qui se joue à Goma dépasse une simple bataille de communication. Il s’agit d’une lutte pour la mémoire, pour la vérité, pour la reconnaissance des victimes. Documenter, nommer, conserver les preuves devient un acte de résistance face à l’effacement.
La promesse de justice reste lointaine, incertaine, mais elle demeure l’unique réponse crédible face à l’horreur. Les morts ne parlent plus. Les vivants, eux, refusent d’oublier.
Et dans cette guerre des récits, une certitude persiste : on peut manipuler les images, mais pas les tombes.



