La poussière rouge des routes du Nord-Kivu s’est à nouveau levée sous les pas d’un homme d’État. Ce jour-là, à Beni, le ciel bas et lourd ne pleure plus, mais la mémoire des fosses communes, elle, ne sèche jamais. C’est dans cette atmosphère de douleur contenue et d’espoir fatigué que le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a posé ses valises, porteur d’un message qui se veut plus fort que les bombes.
Devant une population qui a appris à vivre avec l’horreur, à compter ses morts comme d’autres comptent leurs récoltes, Boji Sangara n’a pas prononcé de grands discours technocratiques. Il a choisi la vérité. Celle d’un combat qui dure depuis trente ans. Trente années de guerres, d’embuscades, de nuits hachées par les balles des rebelles ADF. Trente années à voir les enfants grandir avec le bruit des kalachnikovs en berceuse.
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« Le président ne dort pas » : la diplomatie comme arme
Face à cette lassitude qui pourrait devenir résignation, le numéro deux de l’État a voulu incarner une présence. Celle d’un gouvernement qui, malgré la distance géographique de Kinshasa, dit ne pas avoir oublié ses martyrs.
« Le président de la République ne dort pas », a-t-il lancé, comme on jette une bouée à des naufragés de l’espérance.
Il a anticipé les critiques, ces murmures qui montent parfois des ruelles de Beni quand on voit le chef de l’État multiplier les escales à l’étranger. « On l’a accusé de beaucoup voyager, mais ces déplacements à travers le monde ont pour objectif de trouver la paix », a-t-il expliqué, invitant les habitants à regarder au-delà des apparences.
Car la guerre de l’Est, a-t-il suggéré, ne se gagne pas seulement dans la forêt dense où se cachent les ADF. Elle se joue aussi dans les couloirs feutrés des chancelleries, dans les tête-à-tête diplomatiques, dans ces voyages où Félix Tshisekedi tisse une à une les mailles du filet qui, un jour, devrait étouffer la rébellion.
Croire, encore et toujours
Mais le message le plus fort, celui qui a fait osciller la foule entre larmes et applaudissements, c’est l’appel à la foi. Pas la foi religieuse, mais la foi citoyenne. Celle qui pousse à tendre la joue sans baisser les bras. Celle qui exige de croire que l’engagement du chef de l’État n’est pas un vain mot.
« Le président de la République est déterminé à mettre un terme à la souffrance des habitants de la région de Beni », a martelé Aimé Boji Sangara. Une phrase simple, presque nue, mais qui dans ce contexte résonne comme une promesse sur laquelle des milliers de vies ont décidé de miser.
Il a appelé à soutenir les efforts diplomatiques, ces longs travaux d’approche qui ne donnent pas de résultats immédiats, qui ne font pas les gros titres des journaux, mais qui, patiemment, construisent les conditions d’une paix durable.
Sur la route de Butembo, Oicha et Lubero
La mission ne s’arrête pas à Beni. Le président de l’Assemblée nationale poursuivra sa route vers Butembo, Oicha, Lubero. Des noms qui, pour beaucoup de Congolais, sont devenus des synonymes de courage et de résilience. Des territoires où chaque jour, malgré tout, la vie tente de reprendre ses droits.
Dans le regard des habitants croisés sur son passage, Aimé Boji Sangara a sans doute vu ce mélange unique de méfiance et d’attente qui caractérise les peuples trop longtemps éprouvés. Ils ont tout entendu, tout promis, tout espéré. Et pourtant, ils étaient là, à écouter.
Peut-être parce que, au fond, malgré les trente années de guerre, malgré les ADF qui rôdent, malgré les promesses non tenues du passé, ils veulent encore croire que cette fois, c’est différent. Que la diplomatie finira par parler plus fort que les armes. Que Félix Tshisekedi, par ses voyages et ses combats, ramènera enfin ce qu’ils attendent depuis si longtemps : le droit de vivre en paix sur leur propre terre.
La route est longue, semée d’embûches et de mémoire douloureuse. Mais à Beni, ce jour-là, un homme a dit que le président ne dort pas. Et dans ce bout de Congo meurtri, c’est déjà une forme de lumière.



