Arusha, 2 mars 2026 – La ville tanzanienne s’apprête à vivre un sommet sous haute tension. Samedi 7 mars, les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) se retrouveront pour leur 25ᵉ rendez-vous ordinaire.
Au programme officiel : une caution douanière unique, une nouvelle stratégie de développement et des nominations. Mais dans les coulisses, un seul sujet brûle toutes les lèvres : la guerre dans l’Est de la RDC et le fossé qui se creuse entre Kinshasa et ses partenaires régionaux.
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Une intégration économique ambitieuse
Le thème choisi pour ce sommet reste pourtant pacifique : « Approfondir l’intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE ».
Parmi les mesures concrètes, la caution douanière unique permettra aux opérateurs économiques de ne plus multiplier les garanties nationales le long des corridors de transit. Fini les formalités kafkaïennes, place à la fluidité commerciale.
Autre avancée majeure : le lancement de la 7ᵉ Stratégie de développement de la CAE (2026/27-2030/31). Elle vise à accélérer l’intégration régionale et la transformation socio-économique, en cohérence avec la Vision 2050 de la CAE et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le papier, tout semble aligné.
L’Est de la RDC : une poudrière difficile à ignorer
Mais la paperasse ne fait pas oublier la poudre. Dans les collines du Nord-Kivu, l’Est de la RDC connaît une offensive meurtrière de la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens. Les combats font rage, les populations fuient, et les accusations fusent entre Kinshasa et Kigali.
La présence de la RDC à ce sommet devient un numéro d’équilibriste. Kinshasa n’a cessé de dénoncer la « timidité » de l’EAC face à l’agression rwandaise. Le souvenir de la Force régionale de la CAE (EACRF), déployée en 2022 puis partie en 2023 sans accomplir sa mission, reste vif. Kinshasa l’avait jugée inefficace, incapable de neutraliser les groupes armés.
Un sommet sous l’ombre de Félix Tshisekedi
Lors du 24ᵉ sommet en novembre 2024, la RDC avait pris ses distances. Félix Tshisekedi était absent, parti en tournée à Isiro, laissant la place à une passation de pouvoir entre Salva Kiir et William Ruto, sans que le principal concerné ait voix au chapitre.
Cette fois, le président congolais sera-t-il présent ? Rien n’est moins sûr. Mais qu’il vienne ou non, son ombre planera sur les débats. Les chefs d’État devront examiner le rapport du Conseil, le financement du budget, l’intégration des nouveaux membres, et surtout la nomination d’un nouveau secrétaire général. Autant de sujets techniques qui, dans le contexte actuel, prennent une coloration politique.
La présidence kényane sous pression
La présidence kényane, incarnée par William Ruto, est particulièrement attendue. Elle devra restaurer la confiance avec Kinshasa, tout en maintenant la cohésion d’un bloc où les intérêts divergent. Les processus de Washington et de Doha, censés apaiser les tensions, n’ont pas encore porté leurs fruits. La communauté internationale observe attentivement.
À Arusha, le 7 mars, les caméras seront braquées sur la table ronde des chefs d’État. Derrière les sourires de façade et les poignées de main protocolaires, c’est l’avenir de la paix régionale qui se joue. La CAE parviendra-t-elle à être autre chose qu’une tribune de bonnes intentions ? La réponse tombera samedi.



