L’initiative angolaise devait rassurer. Elle soulève aujourd’hui plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. En invitant l’AFC/M23 aux consultations de Luanda, João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, relance une dynamique diplomatique déjà saturée.
Cette démarche intervient alors que plusieurs processus sont en cours. Nairobi hier. Doha aujourd’hui. Washington en toile de fond. À force d’additionner les cadres, la lisibilité se brouille.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
La réaction de l’AFC/M23 est révélatrice. Le mouvement salue une initiative jugée « louable ». Mais il affiche une prudence assumée. Une prudence nourrie par une question centrale : Luanda ouvre-t-elle un nouveau processus ou s’inscrit-elle dans la continuité de Doha ?
Trop de médiations, pas assez de clarté
Pour la rébellion, soutenue militairement par le Rwanda selon l’ONU, la multiplication des forums nuit aux efforts de paix. Nairobi, Luanda, Doha, Washington. Les cadres se succèdent sans coordination claire.
Corneille Nangaa parle de « chevauchements » et de « contradictions ». Il évoque une instabilité méthodologique persistante. Selon lui, le processus de négociation souffre d’un manque de cohérence depuis ses débuts.
L’AFC/M23 met aussi en cause Kinshasa. Le mouvement accuse le pouvoir congolais de naviguer entre les médiations. Les discussions auraient été déplacées d’un cadre à l’autre sans concertation préalable. À cela s’ajoute la médiation américaine, sollicitée par Félix Tshisekedi, sans intégration formelle au dispositif existant.
Sur le terrain, la guerre continue
Cette confusion diplomatique contraste avec la réalité du terrain. À l’Est de la RDC, les combats se poursuivent. Malgré l’implication de Washington et la signature des accords entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la paix reste hors de portée.
Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement. Le processus de Doha, censé traiter les causes profondes du conflit, est à l’arrêt. L’autorité de l’État reste fragile. Les groupes armés, eux, restent actifs.
Les voyages répétés du chef de l’État congolais à Luanda nourrissent donc le doute. Assiste-t-on à une reprise en main africaine du dossier ou à une dispersion diplomatique ? À ce stade, ni Kinshasa ni Luanda ne clarifient la stratégie.
Pendant que les médiations se superposent, les civils paient le prix fort. Chaque nouveau cadre de discussion renforce l’impression d’un processus éclaté. À force de multiplier les chemins vers la paix, le risque est clair : ne plus savoir lequel y mène réellement.



