À Genève, Julien Paluku veut transformer l’avantage du cobalt en puissance économique pour la RDC

À Genève, la République démocratique du Congo a porté un message qui dépasse les procédures douanières. Face aux perturbations du…

À Genève, la République démocratique du Congo a porté un message qui dépasse les procédures douanières. Face aux perturbations du commerce mondial, Kinshasa plaide désormais pour une stratégie capable de transformer son statut de géant minier en véritable puissance économique.

Intervenant mercredi 16 septembre au Forum public 2026 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a exhorté les pays les moins avancés à développer davantage de capacités locales afin de réduire leur vulnérabilité aux chocs géopolitiques et aux ruptures des chaînes d’approvisionnement.

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Pour la RDC, cette ambition prend une dimension particulière : le pays assurait 74 % de la production mondiale de cobalt minier en 2025, un levier stratégique que le gouvernement souhaite désormais mieux convertir en valeur ajoutée.

Ormuz, révélateur de la fragilité des économies dépendantes

Organisé du 15 au 17 septembre à Genève, le Forum public de l’OMC réunit plus de 4 600 participants autour de 113 sessions consacrées aux mutations du commerce international. L’organisation prévoit d’ailleurs une progression de 4,8 % des échanges mondiaux de services en 2026, un rythme supérieur à celui attendu pour les marchandises.

Dans ce contexte, Julien Paluku a pris appui sur les récentes perturbations du détroit d’Ormuz pour illustrer la fragilité des économies fortement dépendantes des importations.

Selon l’OMC, le conflit au Moyen-Orient a perturbé les flux d’énergie et d’engrais transitant par cette voie maritime stratégique. Les expéditions d’engrais ont fortement reculé, entraînant une hausse des coûts d’approvisionnement pour plusieurs pays vulnérables.

Pour le ministre congolais, cette séquence confirme la nécessité de renforcer les capacités nationales afin de limiter l’exposition aux crises extérieures.

Digitalisation : Kinshasa accélère la modernisation du commerce extérieur

Sur le front des réformes internes, Julien Paluku a présenté la digitalisation des procédures commerciales comme l’un des principaux leviers de compétitivité.

Selon lui, 93 des 98 documents nécessaires aux opérations commerciales ont déjà été dématérialisés.

Cette modernisation s’appuie notamment sur la transmission électronique de la liasse documentaire entre le Guichet unique intégral du commerce extérieur et le système douanier SYDONIA World, déployée depuis fin 2025.

En parallèle, le futur Portail d’Informations Commerciales doit centraliser les procédures administratives, les documents exigés, les autorités compétentes ainsi que les conditions applicables aux opérations d’importation, d’exportation et de transit.

L’objectif affiché est de réduire les délais administratifs et les coûts supportés par les opérateurs économiques.

Au-delà de l’extraction, le défi de la valeur ajoutée

L’autre message porté par Kinshasa concerne la place de la RDC dans les chaînes de valeur des minerais critiques.

Julien Paluku a assuré que le gouvernement faisait de la traçabilité des minerais et de la lutte contre le travail des enfants une priorité.

Cette affirmation demeure toutefois une position gouvernementale. Sur ce volet, l’Organisation internationale du travail (OIT) poursuit encore en RDC des programmes consacrés à l’identification et à la remédiation du travail des enfants dans les exploitations artisanales de cobalt.

Au-delà de cette question, l’enjeu économique majeur réside dans la capacité du pays à conserver une plus grande part de la richesse générée par ses ressources.

La CNUCED souligne que les producteurs de minerais critiques restent souvent cantonnés à l’extraction, tandis que la transformation industrielle et les services associés concentrent une part importante de la valeur créée.

Avec près des trois quarts de la production mondiale de cobalt, la RDC dispose pourtant d’un levier susceptible d’attirer davantage d’investissements dans le raffinage, les services miniers, la logistique, la certification, le financement spécialisé et les outils numériques de traçabilité.

La Banque mondiale rappelle néanmoins que la croissance congolaise, estimée à 5,5 % en 2025, demeure largement portée par le secteur extractif, alors que les activités non minières progressent à un rythme plus modéré de 3,1 %.

Dans cette perspective, faciliter le commerce ne consiste plus uniquement à exporter plus rapidement le cuivre ou le cobalt. Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de faire émerger, autour de ces flux, davantage d’entreprises, de services et de capacités industrielles installées sur le territoire national.

C’est précisément cette montée en gamme qui pourrait permettre à la puissance minière congolaise de transformer son avantage géologique en une source plus durable de revenus, d’emplois et de création de valeur pour son économie.

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