En République démocratique du Congo, la guerre à l’Est dépasse désormais le front militaire. Ses effets atteignent aussi les cercles familiaux. Depuis plusieurs semaines, une vague d’arrestations et de pressions vise les proches de Corneille Nangaa. L’ancien président de la CENI dirige aujourd’hui la rébellion AFC/M23.
Dernier cas signalé : Didier Ilaani Nangaa. Les services de l’Agence nationale des renseignements le détiennent depuis treize jours dans le Haut-Uele, selon plusieurs sources concordantes.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Les enquêteurs l’entendent dans un dossier de contentieux minier. L’affaire porte sur une concession d’exploration d’or. Ce type de dossier revient souvent dans les enquêtes visant l’entourage de Corneille Nangaa.
Selon les mêmes sources, les autorités rattachent cette arrestation à une enquête plus large. Ouverte depuis près de deux ans, elle cible de possibles réseaux de financement du M23. Elle concerne aussi la recherche de caches d’armes dans le territoire de Wamba, fief d’origine de la famille Nangaa.
Arrestations, exils et saisies : une famille sous étau
D’après des sources internes, la pression touche aujourd’hui l’ensemble du clan familial. Plusieurs mesures lourdes se cumulent.
D’abord, la justice militaire a condamné à mort quatre membres de la famille. Parmi eux figure Baseane Nangaa Putters, actuellement détenu à la prison militaire de Ndolo.
Ensuite, plusieurs proches ont quitté le pays. Yvette Lubanda, épouse de Corneille Nangaa, vit en exil. Fabrice Lubala, son beau-frère, a suivi le même chemin. De son côté, Christophe Baseane Nangaa, ancien gouverneur et sénateur, affirme avoir fui une arrestation à Kinshasa. Il s’est réfugié à Dubaï après la saisie de ses biens et le gel de ses comptes bancaires. Malgré cela, il se revendique toujours membre de la majorité présidentielle.
Par ailleurs, les services de sécurité détiendraient au moins une dizaine de neveux et de cousins. Une note interne évoque plusieurs centres de détention. En parallèle, des dizaines d’autres membres de la famille ont quitté la RDC ces deux dernières années.
Au final, ces actions dépassent le cadre d’une enquête classique. Elles dessinent une pression globale sur un cercle familial élargi. Elles interrogent aussi sur les méthodes utilisées par l’État congolais dans sa lutte contre le M23. Dans ce conflit, les lignes de front ne se limitent plus aux provinces de l’Est. Elles traversent désormais les familles et les réseaux de proximité.



