Ce lundi matin à Lomé, l’air était chargé de plus que de l’habituelle chaleur togolaise. Sur le tarmac, deux présidents se serraient la main, unissant bien plus que deux nations : ils scellaient, peut-être, une nouvelle chance pour la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.
Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président congolais, était en visite éclair à l’invitation de son homologue togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Leur objectif ? Relancer une dynamique diplomatique qui semblait s’essouffler, à l’heure où la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs continue de faire rage.
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Les deux dirigeants se sont immédiatement enfermés pour des entretiens en tête-à-tête, loin des caméras et des discours protocolaires. Au cœur de leurs discussions : la redoutable équation de l’Est congolais, mais aussi la consolidation d’un partenariat bilatéral que les deux capitales entendent désormais porter à un niveau supérieur.
« Le président Tshisekedi a salué les efforts de médiation du président Gnassingbé », rapporte la présidence togolaise. Un remerciement qui n’est pas anodin. Depuis avril 2025, Faure Gnassingbé est le médiateur désigné par l’Union africaine pour cette crise, succédant à l’Angola. Pourtant, son rôle était resté jusqu’ici relativement en retrait, laissant la vedette aux initiatives américaines et qataries.
Mais aujourd’hui, Lomé semble décidé à « faire bouger les lignes », selon les termes d’un diplomate en poste dans la sous-région. La preuve : dès le 17 janvier prochain, le Togo organisera une réunion de haut niveau pour tenter de donner une nouvelle cohérence aux multiples processus de paix qui s’entrecroisent.
Une toile diplomatique qui se tisse
Cette visite s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique, presque haletante. Elle n’est pas un acte isolé, mais une pièce maîtresse dans un jeu d’échecs continental.
Ces dernières semaines, le président Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda, rencontrant son homologue angolais João Lourenço. Un rythme inhabituel, signe de l’urgence. Officiellement retiré de la médiation depuis mars 2025, l’Angola opère en réalité un retour discret mais déterminé dans le dossier, multipliant les contacts avec toutes les parties, y compris l’ancien président congolais Joseph Kabila et le groupe politico-militaire M23.
Parallèlement, le Qatar et l’Angola ont engagé des discussions, tandis que la France avait mobilisé, fin octobre 2025, plus de 1,5 milliard d’euros lors d’une conférence à Paris en soutien à la région.
Dans ce maelström d’initiatives, le risque de cacophonie est réel. C’est précisément ce que la réunion de Lomé du 17 janvier entend éviter : « renforcer la confiance et faire progresser le dialogue » en assurant une coordination entre tous les acteurs.
La médiation togolaise, dernier espoir ?
Le défi de Faure Gnassingbé est de taille. Il doit faire vivre l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda sous son égide, tout en relançant des négociations directes avec le M23, actuellement au point mort sur six protocoles cruciaux.
La tâche est ardue, mais le médiateur togolais possède un atout : la confiance des parties. Et le timing est crucial. Alors que les combats persistent et que la souffrance des populations s’accroît, la fenêtre pour une solution politique se réduit.
En quittant Lomé après cette brève mais intense séance de travail, le président Tshisekedi emporte avec lui l’assurance d’un partenaire déterminé. Reste à savoir si cette détermination, couplée à la réunion de la semaine prochaine, suffira à insuffler un nouvel élan à la paix. La réponse se jouera dans les prochains jours, sur les collines du Kivu et dans les couloirs feutrés de la diplomatie.



