New York – Kinshasa, 6 mars 2026 – La salle du Conseil de sécurité de l’ONU a retenu son souffle, ce jeudi 5 mars, lorsque Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, a lâché le chiffre. Un chiffre qui donne la mesure du désastre : plus d’un million de dollars par mois. C’est la manne que la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda, tirerait de l’exploitation illégale des mines dans les territoires qu’elle contrôle dans l’Est de la RDC.
Un million de dollars. Chaque mois. De quoi acheter des armes, payer des combattants, soudoyer des officiels, et continuer à ensanglanter les collines du Nord et du Sud-Kivu.
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« Depuis le début de la crise actuelle dans la région, la coalition AFC/M23 aurait engrangé plus d’un million de dollars par mois grâce à l’exploitation minière illicite et à la contrebande », a déclaré sans ambages Rosemary DiCarlo.
Des minerais qui valent de l’or… et du sang
Dans l’Est de la RDC, le sous-sol est un véritable magasin de luxe à ciel ouvert. Coltan, or, cobalt, cassitérite, wolframite… Tous ces minerais, essentiels à l’industrie électronique mondiale, sont présents en abondance. Et tous sont, en partie, contrôlés par des groupes armés qui les exploitent sans vergogne, dans des conditions de travail proches de l’esclavage, et les écoulent sur des marchés parallèles, via des réseaux de contrebande sophistiqués.
Pour l’AFC/M23, cette économie de guerre est devenue le principal moteur de sa machine de destruction. Elle permet non seulement de financer les opérations militaires, mais aussi de s’ancrer durablement dans les territoires conquis, en instaurant un système de prédation qui fait vivre des milliers de personnes, toutes prises en otage de ce commerce illicite.
La MONUSCO impuissante face au flot
Face à ce constat accablant, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) tente de réagir. Selon Rosemary DiCarlo, elle collabore avec les autorités congolaises et les partenaires régionaux pour tenter de réduire l’emprise des groupes armés sur les zones minières et perturber les chaînes d’approvisionnement illicites.
Mais la tâche est titanesque. Les circuits de contrebande sont complexes, mêlant trafiquants locaux, intermédiaires régionaux et acheteurs internationaux peu regardants sur la provenance des minerais. La traçabilité reste un défi majeur, et la gouvernance du secteur minier, minée par la corruption, peine à s’imposer.
Le paradoxe des ressources
L’intervention de Rosemary DiCarlo met en lumière un paradoxe cruel : les immenses richesses minières de la RDC, qui pourraient être un levier de développement et de paix, sont aujourd’hui le carburant de la guerre. Tant que les groupes armés continueront à tirer profit de ces ressources, les efforts de stabilisation resteront vains.
« La lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles constitue une étape essentielle pour rétablir la stabilité dans la région des Grands Lacs », a plaidé la haute responsable onusienne. Un appel à une meilleure coopération régionale, à un renforcement de la gouvernance, et à une transparence accrue dans la filière minière.
Mais pour l’instant, dans les collines du Kivu, les excavatrices continuent de gratter la terre. Et le sang, lui, continue de couler.



