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Paix en RDC : l’UA dévoile son équipe de médiation

Lomé – Après deux jours de discussions serrées dans la capitale togolaise, l’Union africaine a dévoilé sa feuille de route la…

Lomé – Après deux jours de discussions serrées dans la capitale togolaise, l’Union africaine a dévoilé sa feuille de route la plus structurée à ce jour pour tenter de ramener la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une « architecture de médiation » ambitieuse, présentée lundi 19 janvier, qui ressemble à un gouvernement de l’ombre dédié à la seule résolution du conflit le plus meurtrier du continent.

À sa tête, le président togolais Faure Gnassingbé, officiellement désigné médiateur de l’UA. Mais l’innovation réside dans la distribution des rôles, confiés à un directoire d’anciens présidents, chacun expert d’un domaine crucial. Une division du travail qui vise à éviter le saupoudrage et les doublons, fléaux des processus de paix précédents.

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Le directoire des sages : une tâche pour chaque ancien président

L’organigramme, révélé par le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, est précis :

  • Olusegun Obasanjo (Nigeria) : le poids lourd militaire. L’ancien chef d’État et général hérite du dossier le plus sensible : les questions militaires et de sécurité. C’est à lui de désamorcer la bombe des opérations sur le terrain.

  • Uhuru Kenyatta (Kenya) : le négociateur. Il est chargé du dialogue direct avec les groupes armés locaux, dont le M23, une mission périlleuse au cœur de la crise.

  • Sahle-Work Zewde (Éthiopie) : la voix humanitaire. L’ancienne présidente devra gérer l’urgence humanitaire et le sort des millions de déplacés.

  • Mokgweetsi Masisi (Botswana) : l’architecte économique. Il supervisera la coopération économique régionale, clef d’une paix durable au-delà du cessez-le-feu.

  • Catherine Samba-Panza (RCA) : la pilier sociétal. Elle prend en charge la société civile, la réconciliation nationale et l’inclusion des femmes.

Une machine à coordonner les bonnes volontés

Derrière ce directoire politique, une lourde machinerie technique est mise en place. Un Secrétariat conjoint indépendant rassemblera le Togo, la Commission de l’UA, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Son rôle : assurer la coordination sur le terrain et éviter que chaque organisation ne tire dans une direction différente.

Enfin, l’Union africaine se réserve la coordination avec les partenaires internationaux incontournables mais parfois encombrants : les Nations unies, le Qatar, l’Union européenne, les États-Unis et les membres permanents du Conseil de sécurité.

Ce dispositif, né de la réunion des 16 et 17 janvier à Lomé, est une réponse directe au chaos des médiations parallèles (Doha, Washington, Luanda) et à l’échec des initiatives régionales précédentes. Il vise à imposer une cohérence continentale face à un conflit qui a trop souvent servi les intérêts de puissances extérieures.

Reste à savoir si cette belle architecture, dessinée sur le papier à Lomé, résistera aux réalités brutales des collines du Kivu et aux calculs géopolitiques des capitales régionales. Pour l’instant, l’UA vient de jouer sa carte la plus organisée. La partie décisive commence maintenant.

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