Arusha, 8 mars 2026 – Sous le ciel clément de Tanzanie, les huit chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se sont réunis samedi pour leur 25e sommet ordinaire. Au menu des festivités protocolaires : passation de pouvoir, nominations et grandes déclarations sur l’intégration régionale. Mais dans les couloirs feutrés du secrétariat général, une seule question taraudait les observateurs : comment cette nouvelle direction va-t-elle gérer le conflit qui oppose deux de ses membres, la RDC et le Rwanda ?
Le premier acte de ce sommet fut une passation de témoin attendue. Le président kényan William Ruto a cédé la présidence tournante de l’organisation à son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni. Un vétéran de la politique régionale, qui connaît mieux que personne les arcanes des Grands Lacs.
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Mais le véritable temps fort de cette journée fut la nomination du nouveau secrétaire général. L’ambassadeur tanzanien Stephen Patrick Mbundi a été choisi pour diriger le secrétariat exécutif de l’EAC pour un mandat de cinq ans, non renouvelable. Il devient ainsi le 8e secrétaire général de l’histoire de la Communauté, succédant à la Kényane Veronica Mueni Nduva.
Son profil ? Un expert chevronné de l’intégration régionale, qui occupait jusqu’ici le poste de secrétaire permanent chargé des affaires de l’EAC au sein du ministère tanzanien des Affaires étrangères. Un technocrate, en somme, dont la tâche principale sera de veiller à la bonne application des règlements et directives adoptés par le Conseil des ministres.
Le Rwanda, un strapontin stratégique
L’autre information qui a fait réagir, surtout à Kinshasa, concerne la répartition des postes. Le Rwanda, pays voisin et opposant dans le conflit qui déchire l’Est de la RDC, a obtenu le poste de rapporteur. Un rôle qui, s’il n’a pas le poids exécutif du secrétaire général, permet néanmoins d’avoir un œil et une influence sur les procédures et les comptes rendus.
Pour la RDC, membre de l’EAC depuis seulement 2022, cette nomination est un signal ambigu. Alors que les troupes rwandaises sont régulièrement accusées de soutenir la rébellion du M23 sur son sol, voir Kigali occuper une position officielle au sein de l’instance régionale est une pilule amère à avaler.
Une communauté aux multiples visages
L’EAC, c’est aujourd’hui huit pays : Burundi, RDC, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Ouganda et Tanzanie. Près de 331 millions d’habitants, une superficie de 5,4 millions de km², un PIB cumulé de plus de 312 milliards de dollars. Un géant économique et démographique en devenir, mais un géant aux pieds d’argile, fragilisé par les rivalités internes.
La Somalie, dernier membre admis en novembre 2023, a officialisé son adhésion en déposant son instrument de ratification en mars 2024. L’EAC s’élargit, mais gérer cette diversité devient chaque jour plus complexe.
Quelle feuille de route pour Stephen Patrick Mbundi ?
Le nouveau secrétaire général hérite d’un dossier brûlant. Comment maintenir la cohésion régionale quand deux États membres se regardent en chiens de faïence ? Comment faire avancer l’intégration économique quand les frontières sont parfois des lignes de front ?
Sa nomination a été saluée par l’ensemble de la Communauté, mais les défis qui l’attendent sont colossaux. Il devra non seulement assurer la continuité administrative, mais aussi proposer des solutions pour apaiser les tensions et relancer la dynamique d’intégration.
Pour l’heure, les discours officiels célèbrent l’unité et la prospérité partagée. Mais à Goma, à Bunagana, à Kibumba, les armes continuent de parler. Et la nouvelle équipe dirigeante de l’EAC est attendue au tournant.



