Société




14 rebelles de Twirwaneho libérés à Kinshasa, la main tendue de Tshisekedi à la communauté Banyamulenge

Kinshasa, 5 mars 2026 – Ils étaient partis se battre, ils reviennent libres. Ce jeudi, au cœur de la capitale…

Kinshasa, 5 mars 2026 – Ils étaient partis se battre, ils reviennent libres. Ce jeudi, au cœur de la capitale congolaise, un geste inattendu secoue le microcosme politico-judiciaire. Le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a remis en liberté quatorze combattants du groupe Twirwaneho, une milice alliée à l’AFC/M23 active dans les conflits du Sud-Kivu.

Ces hommes s’étaient rendus volontairement à l’armée congolaise en décembre dernier, lors des violents combats pour le contrôle de la ville stratégique d’Uvira.

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Devant une délégation de la communauté Banyamulenge vivant à Kinshasa, le ministre a tenu à expliquer la procédure. La cellule de communication de son ministère indique que les autorités ont d’abord mené les vérifications nécessaires. L’objectif était clair : déterminer si les personnes concernées avaient commis des faits susceptibles d’engager leur responsabilité pénale, conformément aux principes de l’État de droit.

Résultat : à ce stade, les enquêteurs n’ont retenu aucune charge individuelle contre eux.

Une libération sous haute surveillance

La cérémonie de libération s’est déroulée en présence des responsables de la justice militaire et des représentants du Programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion communautaire (P-DDR-CS). Ce cadre protocolaire montre que, si la main est tendue, elle reste ferme.

En effet, les quatorze hommes ne retournent pas simplement à la vie ordinaire. Désormais, le programme de réinsertion les place sous supervision afin de les accompagner vers une vie civile normale.

Pour la communauté Banyamulenge de Kinshasa, présente et émue, ce geste représente un signal fort. Ses représentants ont salué « la lutte effrénée du chef de l’État contre les discours de haine tribale ».

Dans un contexte où les tensions ethniques s’enflamment souvent à cause des conflits armés, la décision du président Félix Tshisekedi envoie un message clair : tous les Congolais ont leur place dans la République, à condition de déposer les armes.

Encourager les autres à suivre l’exemple

Selon la cellule de communication du Garde des Sceaux, cette cérémonie illustre la volonté du président de la République. Il souhaite encourager les Congolais encore engagés dans les groupes armés à abandonner la violence et à rejoindre le camp de la République.

Autrement dit, le gouvernement mise sur une stratégie de « porte ouverte ». L’objectif consiste à fragiliser les rangs des rébellions en offrant une alternative crédible à ceux qui veulent déposer les armes.

Twirwaneho, une milice complexe

Pour comprendre la portée de cette libération, il faut rappeler ce qu’est Twirwaneho. Ce groupe armé opère dans le Sud-Kivu depuis la fin des années 2000.

À l’origine, ses fondateurs l’avaient présenté comme une milice d’autodéfense de la communauté Banyamulenge. Cependant, au fil des années, le groupe est devenu un acteur majeur des conflits dans la région.

Dirigé par Michel Rukunda, également connu sous le nom de Makanika, il fait l’objet de multiples accusations dans des rapports des Nations unies. Ces documents évoquent notamment des violations des droits humains et le recrutement d’enfants soldats.

Par ailleurs, son alliance récente avec le M23 et l’AFC l’a transformé en rouage important de l’offensive qui déstabilise l’Est du pays.

Libérer quatorze de ses combattants représente donc un pari politique. Cependant, les autorités espèrent créer un effet d’entraînement. Elles veulent montrer que la reddition peut mener à la liberté, et non à la prison.

Reste à savoir si cet appel sera entendu. Dans les collines du Sud-Kivu, les armes continuent de parler.

Mais à Kinshasa, ce jeudi, ce sont les chaînes qui se sont tues.

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