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Kalev Mutond : l’ancien « super flic » de Kabila s’éteint à Paris

PARIS — L’ombre a fini par l’emporter là où personne ne l’attendait. Lundi 5 octobre 2026, dans le calme feutré…

PARIS — L’ombre a fini par l’emporter là où personne ne l’attendait. Lundi 5 octobre 2026, dans le calme feutré d’une journée parisienne loin du tumulte de Kinshasa, le cœur de Kalev Mutond s’est arrêté de battre. La nouvelle, tombée du cercle familial comme un couperet, s’est répandue comme une traînée de poudre sur les rives du fleuve Congo. Les circonstances exactes de son décès restent entourées d’un épais mystère, ajoutant un ultime chapitre énigmatique à l’existence de celui qui fut, pendant près d’une décennie, l’homme le plus craint, le plus puissant et le plus insaisissable de la République démocratique du Congo.

L’artisan du silence et du pouvoir

Kalev Mutond n’était pas un homme apparu par hasard sous les projecteurs. Né dans le sud du Katanga, il était ce que l’on appelle un « homme de maison ». Gravissant un à un les échelons des services secrets, il connaissait chaque couloir, chaque dossier confidential, chaque secret du labyrinthe sécuritaire.

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Lorsqu’il prend la tête de l’Agence nationale de renseignements (ANR) en octobre 2011, sous la présidence de Joseph Kabila, il s’impose instantanément. Son mandat durera près de huit ans — le plus long de l’histoire du service. Relié au sommet de l’État par une ligne directe et sans intermédiaire, il devient le « super flic » du régime, le gardien des secrets d’État et le rouage central de la surveillance politique. Rien ne se décidait, rien ne bougeait sans que l’œil de l’ANR ne l’observe.

Entre terreur, controverses et traque diplomatique

Mais la puissance a un prix. Pour ses détracteurs, opposants politiques, militants et journalistes, son nom devenait le synonyme de la peur : arrestations arbitraires, cachots secrets, traitements inhumains. Le visage discret du sérail sécuritaire se transformait en figure de controverse internationale.

En 2016, le Trésor américain frappe le premier en l’inscrivant sur sa liste noire. L’Union européenne lui emboîte le pas en 2017, gelant ses avoirs et lui fermant ses frontières pour violations des droits humains. Kalev Mutond contestait ces sanctions, les qualifiant de cabale diplomatique, tout comme ses avocats rejetteront plus tard chaque accusation devant la justice.

Le procès qui n’aura jamais lieu

Avec l’alternance politique de 2019, le vent tourne. Le puissant patron des renseignements devient une cible judiciaire. Rattrapé par une dizaine de plaintes pour torture et détentions arbitraires, convoqué par la justice, il refuse de comparaître, dénonçant un acharnement politique. Un avis de recherche est lancé, traquant l’ancien maître du renseignement avant d’être mystérieusement suspendu en août 2023.

La justice congolaise, en plein chantier de crédibilité, s’apprêtait à faire de ce dossier un test majeur. Mais le destin en a décidé autrement.

Selon les principes fondamentaux du droit, le décès de la personne poursuivie éteint définitivement l’action publique. En s’éteignant à Paris, Kalev Mutond emporte avec lui ses vérités, laissant derrière lui des plaignants privés de procès, des victimes présumées sans réponses, et des secrets d’État désormais verrouillés à jamais.

L’homme s’en va, le système demeure

Pour ses proches, sa mort est le départ d’un grand serviteur de l’État, injustement diabolisé. Pour ses opposants, c’est la fin brutale d’un symbole des abus de pouvoir.

Mais au-delà de l’homme, une ombre plane encore. Car si Kalev Mutond s’en est allé, l’appareil sécuritaire qu’il a façonné continue de tourner. Sa disparition referme un livre d’histoire, mais laisse ouverte la question fondamentale : peut-on vraiment tourner la page d’un système avec le simple départ de son architecte ?

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